La paillère de Campagne-de-Marsan vers les années 1920-1940

Auparavant, dans le bourg de Campagne, impasse de la Grange, se trouvait, dans une grange, un atelier appelé la paillère appartenant à la famille Tastet qui à l’époque, était propriétaire de la grande bâtisse des numéros 44-46, avenue des Écoles. Mais qu’est-ce qu’une paillère ?
 

L’ancienne paillère en 2026 (source : Google Street view)

 

Là travaillaient des ouvrières, des femmes peu payées, sans assurance (l’assurance n’existait pas) qui confectionnaient à la main des paillons, c’est-à-dire des protège-bouteilles en paille. Chaque brin de paille était relié par une ficelle sur toute la hauteur de forme cylindrique et pointu à l’une de ses extrémités.
 
Ces paillons servaient à emballer et à protéger les bouteilles (vin, Armagnac…) et à éviter la casse pendant les transports. Là, travaillait Marthe Gaüzère (grand-mère de l’auteur de ce blog), ma belle-mère, avec Marie Clet, lorsqu’elle a été veuve vers les années 1926-1930. Vu son maigre salaire, elle partit travailler dans le château « X » où elle n’était guère mieux lotie. Là, il y avait plusieurs domestiques. Certaines rentraient chez elle le soir et d’autres dormaient au château. Le menu des maîtres et des domestiques était bien différent. Pour les châtelains, la purée avec du lait et la poule au pot. Pour les domestiques, étroitement surveillés par les châtelains, la purée avec de l’eau et le bouillon « poule au pot », remplacé par des corbeaux. Ceci n’est qu’un petit aperçu du peu de considération que subissaient les pauvres du peuple.
 
Campagne, 7 juin 2007. Élise Gaüzère. 
Témoignage reçu par Claudine Centieu.
 
 
 
 

    

Le journal Sud-Ouest du 24 novembre 1992, nous en dit plus.

 

« La fabrication des enveloppes de paille pour bouteille ou paillons occupait dans les Landes en 1914, 60 établissements et employait 1 113, femmes et 96 hommes. Elle trouvait d’intéressants débouchés dans le voisinage. Les conditions de travail des pailleuses sont dures et leur lutte pour les améliorer ne le sera pas moins. D’après les archives des Landes, ce sont celles de Rion-des-Landes qui furent les premières à se révolter en se mettant en grève en 1878. Il est vrai que, l’hiver, elles ne gagnaient que 75 à 80 centimes par jour et en septembre 0,78, les patrons ont décidé de diminuer le prix du travail. Cette grève échouera, mais pas celle de 1907. 

À Tartas, les pailleuses demandent la fourniture de l’éclairage des ateliers par les patrons et non plus au compte des ouvrières. Elles obtiennent aussi la suppression de l’obligation pour elles de s’approvisionner aux épiceries tenues par les patrons. Leur grève, qui sera soutenue par la population - il y a Tartas 132 ouvrières réparties en cinq usines - porte aussi sur la suppression des corvées, car ce sont les pailleuses qui font le nettoyage des locaux, le chargement et le déchargement des wagons et ce travail-là n’est pas rétribué. On le voit l’inspecteur du travail a du pain sur la planche à la Belle Époque dans les Landes ».

 

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