« Il était une fois un bûcheron et une bûcheronne qui avaient sept enfants. Ils étaient fort pauvres, et leurs sept enfants les incommodaient beaucoup, parce qu’aucun d’eux ne pouvait gagner sa vie. Il vint une année très fâcheuse, et la famine fut si grande que ces pauvres gens résolurent de se défaire de leurs enfants ».
Pauvreté, illettrisme, famille nombreuse et trop de bouches à nourrir… Les ingrédients de cette version moderne du Petit Poucet, version landaise à la fin du XIXe siècle. C’était hier.
« Mon père ne savait ni lire ni écrire, il n’est jamais allé à l’école. Ils étaient six enfants. Les parents l’avaient placé comme domestique à l’âge de six ans à Saint-Pierre-du-Mont. Il gardait les vaches, rentrait le bois, allait chercher l’eau à la fontaine et participait à d’autres travaux. Il n’était pas payé, simplement habillé et nourri.
Un jour que ses maîtres lui avaient recommandé de rentrer les vaches plus tard que d’habitude alors qu’ils étaient retenus à la maison, il s’était endormi dans le pré contre le piquet du portail.
Le patron était allé chercher les vaches et il l’avait laissé là. Quand il s’était réveillé, il était rentré à la maison, mais la porte était fermée à clef. Il avait dormi dans la niche du chien.
Le seul objet qui lui appartenait était un couteau que le maître lui avait supprimé quand il avait voulu se couper une tranche de pain alors qu’il avait faim. Il dormait dans la pièce où le patron tenait sa réserve de sucre ; à cette époque, le sucre n’existait pas en morceaux. On achetait des pains de sucre. Lui, en cachette, à l’aide d’un marteau, tapait sur le pain de sucre. C’était son seul régal. Heureusement pour lui, le maître ne s’en était jamais aperçu.
À l’âge de 12 ans, comme il devait faire des travaux pénibles, sa mère avait demandé à ce qu’il soit payé. Son patron avait refusé. Alors, il avait été placé dans une autre ferme à Uchacq (Landes). Là, il a eu plus de chance, il faisait partie de la famille. Plus tard, parti à la guerre de 14, il a été blessé. Ne sachant ni lire ni écrire, il avait perdu ses papiers et n’a jamais eu de pension ».
Il s’appelait Pierre Auzero et était né le 29 juin 1894 à Mont-de-Marsan, fils de Jean et Jeanne Anesteilles. Lors de son incorporation au service militaire, il était cultivateur et résidait à Uchacq (Landes).
Il mesurait 1,57 m, avait les cheveux couleur châtain foncés, ainsi que les yeux. Son front était couvert, son nez moyen et son visage ovale. Son niveau d’instruction était 0, c’est-à-dire qu’il ne savait ni lire, ni écrire, ni compter.
Il avait été ajourné pendant un an pour faiblesse (poids) en 1914 et ajourné de nouveau en 1915. Il a été classé bon pour le service armé lors de la session de juillet 1915 et incorporé le 28 août 1916, comme soldat de deuxième classe. Il a bénéficié d’un sursis agricole du 8 au 28 août 1916. Il est passé au 7ème Régiment d’infanterie le 1er mars 1917 ; passé au 268ème R.I. le 2 juillet 1917 ; au 219ème R.I. le 15 juin 1918 ; au 62ème R.I. le 8 mars 1919 et envoyé en congé illimité le 8 septembre 1919 à Uchacq. Il été réformé définitivement par le conseil de révision de Mont-de-Marsan du 28 octobre 1936 pour amputation de la main gauche, non récupérable.
Le 23 février 1921, il habitait Geloux à la maison Tein et n’a jamais touché de pension militaire. Il est décédé à Campagne-de-Marsan, le 21 mai 1977, à l’âge respectable de 82 ans, après une dure vie de labeur. En 1953, sa famille s’était installée dans une métairie de Campagne, voisine de la maison de l’auteur de ce blog. Travailler pour d’autres, encore et toujours !
Fiche militaire de Pierre Auzero (source : AD40 1914-1183 W 2 |
Tous nos remerciements vont à Claudine Centieu pour le recueil de ce témoignage.
Sources
- Témoignage de M. Auzero, Campagne-de-Marsan, le 20 juin 2007.
- AD40
- Service historique de la Défense : cote GR/24/N/1488
https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/ark/1125148
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