Entre le 25
juin 1940 et la fin du mois d’août 1944, les Landes ont vécu à l’heure
allemande. Après
l’armistice de juin 1940, le département a été divisé en deux parties, de part
et d’autre de la ligne de démarcation. Temps de pénurie où l’occupant confisquait,
rationnait, réquisitionnait à tour de bras et où les produits de première nécessité
et d’hygiène venaient à manquer. Dans les petits villages éloignés du marché
noir de la ville, il fallait donc faire preuve d’ingéniosité pour s’assurer un
minimum d’hygiène corporelle et donc de dignité. Voici quelques recettes rurales
d’hygiène des plus naturelles…
Le
dentifrice au charbon de bois
« Les
brosses à dents étaient peu utilisées et le dentifrice introuvable. C’est ainsi
que mon père avait remplacé le dentifrice par un morceau de charbon. J’étais hostile
à cette utilisation. Mon père répétait : « Tu vas te laver les dents, tu
frottes la brosse à dents au morceau de charbon ».
Avec dégoût, il
avait fallu que j’obéisse. Et je frottais le morceau de charbon tout noir, et
je frottais mes dents avec la brosse noire. C’était écœurant ! Je recrachais
tout noir, mais les dents étaient bien blanches.
Mon père avait
donc raison, mais qui en ferait autant de nos jours ? » (Campagne-de-Marsan,
le 20 juin 2007, Élise Gaüzère, mère de l’auteur de ce blog).
NDLR : de
nos jours, la mode des dentifrices au charbon actif bat son plein. Toutefois, en
raison du caractère abrasif du charbon, les dentistes recommandent de ne pas
les utiliser plus d’une à deux fois par semaine dans le but de blanchir les
dents et toujours avec un dentifrice à particules de charbon très fines.
Le
savon à la graisse de porc, d’oie ou de canard
Savon artisanal (Musée de la vie rurale en pays Landais, 40465 Laluque).
Recette 1
« Comme le
savon était cher et pratiquement introuvable, beaucoup de familles fabriquaient
leur savon avec un mélange de graisse, de soude caustique que l’on chauffait.
On versait ce mélange dans un long récipient badigeonné de talc, de la largeur
d’un morceau de savon. On laissait refroidir. Puis, à l’aide d’une scie faite
d’un fil de fer, fixé à chaque extrémité par un petit bâton, on coupait le
savon en morceaux dans le bloc de savon démoulé. Ensuite, on le faisait sécher
sur des étagères. C’était un savon gris dont on se servait pour laver le linge,
mais aussi pour faire la toilette ».
« Clara
venait chez maman faire le savon. Elle versait cette pâte dans un long baquet de
la largeur du savon. Quand la pâte avait un peu durci, on la coupait avec un
fil de fer fixé à chaque extrémité par un bâton. Puis on faisait sécher les
morceaux de savon sur une étagère à la fournière* ». (Campagne-de-Marsan, le
20 juin 2007, Claudine Centieu).
Recette 2
« Après la
cuisson de la viande du porc servant à la préparation des boudins, je les
faisais cuire dans ce même bouillon de poireaux parfumé de serpolet. Puis je
sortais les légumes et les boudins et je laissais refroidir. Je recueillais la graisse
restant dans la grande chaudière et je la mélangeais avec de la soude caustique
pour faire du savon » (Élise Gaüzère).
Recette 3 : la recette du musée de la vie rurale
en pays landais à Laluque (Landes) pour la fabrication du savon.
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Pain de savon artisanal (Musée de la vie rurale en pays Landais, 40465 Laluque)
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6 litres d’eau,
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2 kg de graisse d’oie ou de canard,
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400 g de colophane**,
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400 g de soude caustique.
L’eau est
chauffée avec la graisse et la colophane. Quand une certaine température est atteinte,
on ajoute la soude caustique. Puis la préparation est versée dans un moule et en
se refroidissant, elle se solidifie pour obtenir un « pain ».
*Fournière :
(Régionalisme, Sud-ouest de la France, désuet). Local destiné à la cuisson du
pain, équivalent de fournil.
**La colophane est le résidu solide vitreux et cassant
à basse température, obtenu après distillation de la résine du pin.
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Colophane (Musée de la vie rurale en pays Landais, 40465 Laluque).
Tous nos remerciements vont à
Claudine Centieu pour le recueil de ces témoignages et au musée de la vie
rurale en pays Landais, 40465 Laluque. *** **
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