En 1898, les fêtes patronales de Campagne-de-Marsan (Landes) : demandez le programme.

Cette locution nominale désignait la fête religieuse d’une paroisse, en l’honneur du saint protecteur de celle-ci, soit Saint-Pantaléon pour la commune de Campagne-de-Marsan. Par extension, de nos jours, ce terme désigne un ensemble de festivités qui se déroulent autour, et souvent, à la place de cette fête religieuse. Grâce à une vieille affiche plus que centenaire retrouvée en très bon état, revivez les fêtes patronales villageoises de 1898…

 

 

 

Les salves d’artillerie.
Coups de canon très bruyants, tirés à la verticale, qui annonçaient le début des festivités à plusieurs lieues à la ronde, dès la veille.
 
Le grand passe-rues aux flambeaux avec le concours de la musique de Mont-de-Marsan.
La nuit tombée, les enfants parcouraient fièrement les deux rues du village, en tenant chacun, au bout d’une perche, une lanterne vénitienne à soufflet de papier coloré, dans laquelle était introduite une bougie qui, immanquablement, finissait par brûler la lanterne.
La fanfare suivait. C’était une grande fierté et un passage initiatique pour les enfants que nous étions. Le passe-rues était encore en faveur dans les années 1960.
Passe-rues était l’appellation locale de la marche aux flambeaux, ou retraite aux flambeaux, ou encore de la procession aux flambeaux. D'inspiration populaire, parfois à caractère patriotique, religieux ou militaire, ces manifestations festives se rencontrent dans de nombreux pays, comme la fête des Lanternes en Chine liée au Nouvel An, ou la Ndocciata, célébrée dans la cité italienne d'Agnone la veille de Noël (ndocce signifie torches).
 
La messe solennelle en musique.
À cette époque, chaque paroisse avait son curé. L’écho de la fanfare dans l’église était fantastique et préfigurait certainement les trompettes des anges au paradis. Cette tradition a perduré jusqu’à la fin du XXe siècle, près d’un siècle après la séparation de l’Église et de l’État.
 
La grande course aux taureaux.
S’il est un rituel encore très vivace en 2026, c’est bien celui de la course landaise, qui n’a rien d’une paisible course traditionnelle au sens où vous l’entendez. Il s’agit pour un « écarteur » d’éviter au dernier moment une « vache » de 400 kg, excitée et lancée sur lui au galop ! Sport dangereux, car si l’écarteur ou la vache fait un écart, le choc est rude. Au fil du temps, plusieurs décès ont été régulièrement déplorés, comme en témoigne cet entrefilet du Républicain landais de 1893, cinq ans auparavant à Campagne (AD40 Le Républicain landais-4 août 1893-89-Per Pl° 75/15, page 3).
 

 

 
Les écarteurs étaient d'autant plus téméraires et donc exposés, que des primes leur étaient accordées, selon leur bravoure. Ici, le programme stipule "qu'une somme de 300 francs sera distribuée aux écarteurs selon leur mérite".

 

Le mât de cocagne. 

Il s'agit d'un jeu traditionnel populaire qui consiste à grimper en haut d'un poteau pour attraper un ou plusieurs des objets qui y sont suspendus. Le poteau est habituellement le plus lisse possible, et presque toujours enduit de graisse ou de savon, afin de rendre l'escalade plus difficile, voire impossible. Le sommet du poteau est coiffé d'une roue de charrette ou de bicyclette à laquelle sont suspendus les lots à gagner : friandises, saucisses, saucissons, jambons, jouets, objets divers.

Son nom fait référence au pays de Cocagne, l'une des régions les plus riches d'Europe du Moyen Âge à la Renaissance. Cette région du Lauragais (entre Toulouse, Carcassonne et Albi) produisait une plante tinctoriale, la guède, d'où l'on tirait le bleu pastel. La guède était broyée puis séchée en boules (ou coques, ou cocagnes) sur le toit des granges. La convoitise pour cette richesse a popularisé l'usage de mâts au sommet desquels on suspendait les cocagnes. Le bas du mât était enduit de graisse pour dissuader les voleurs. Un jeu traditionnel en a découlé. Ce jeu est ou était pratiqué dans les fêtes populaires d'Europe, en particulier en France, en Espagne et dans les îles Britanniques, ainsi qu'en Amérique du Sud, en Inde, en Indonésie.

 

La commission.

Dénommée plus tard comité des fêtes, elle regroupe des personnalités du village, dont le maire (Jérôme Gaston D'Estanque, 1856-1924) et l'ancien instituteur, secrétaire de mairie (Jean Réélzard, 1834-1910). À charge pour cette commission de proposer un programme des festivités, de recruter un groupe de musiciens, de contacter les propriétaires de taureaux (appelés vachettes de nos jours), la troupe d’écarteurs et de trouver le moyen de financer le tout.

 

Cent trente ans plus tard, à peu de changements de programme près, la tradition de la fête patronale demeure à Campagne-de-Marsan et dans la plupart des villages du Sud-Ouest.

 

 

Tous nos remerciements vont à Claudine Centieu qui nous a remis ce document de 1898.

 

 

 

 

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