En 1898, les fêtes patronales de Campagne-de-Marsan (Landes) : demandez le programme.

Cette locution nominale désignait la fête religieuse d’une paroisse, en l’honneur du saint protecteur de celle-ci, soit Saint-Pantaléon pour la commune de Campagne-de-Marsan. Par extension, de nos jours, ce terme désigne un ensemble de festivités qui se déroulent autour, et souvent, à la place de cette fête religieuse. Grâce à une vieille affiche plus que centenaire retrouvée en très bon état, revivez les fêtes patronales villageoises de 1898…

 

 

 

Les salves d’artillerie.

Coups de canon très bruyants, tirés à la verticale, qui annonçaient le début des festivités à plusieurs lieues à la ronde, dès la veille. Une activité parfois dangereuse !
Ainsi, le 5 août 1896, « À Campagne, alors que plusieurs personnes étaient occupées à tirer le canon à l'honneur de la fête patronale qui a été célébrée hier dimanche et aujourd'hui lundi, soudain, le coup partit, et le sieur Claverie, propriétaire, l’un des artilleurs, fut atteint au visage. La blessure n'a fort heureusement aucun caractère de gravité » (Source : Le Républicain Landais).
 
Ainsi, le 24 juillet 1898, à Souprosse : « Deux jeunes gens de cette commune étaient préposés à l'artillerie de la fête nationale. Après avoir fait parler la poudre un nombre de fois considérable, durant la journée du 14 juillet, le canon municipal fut pris de fatigue et refusa le service.
Les artilleurs étonnés prirent l'engin dans leurs mains et s'apprêtaient à examiner les causes de cet arrêt subit quand une détonation retentit. La charge venait de partir, blessant grièvement les deux jeunes gens. On espère néanmoins que cet accident n'aura pas de suites fâcheuses ». (Source : Le Républicain Landais).
 
Ou encore le 25 août 1905 à Rion-des-Landes : « Un grave accident, qui aurait pu avoir des suites beaucoup plus graves mais qui, par un hasard providentiel, a fait que la victime en a été quitte avec des contusions sans gravité, s’est produit à la fin de nos fêtes. Voici dans quelles circonstances : Un canon servant à l’annonce des fêtes a fait explosion, blessant à la figure le nommé Auguste Larroque. L’explosion a été si violente que la pièce a été réduite en miettes. » (Source : Le Républicain Landais).
 
Ou encore le 7 juin 1930, dans la commune voisine de Meilhan M. Dupouy, artificier, âgé de 60 ans, travaillait jeudi matin à des pièces pour une fête voisine, lorsque l’explosion d’une fusée fit sauter son atelier ; le malheureux couvert de brûlures, est décédé à l’hôpital de Mont-de-Marsan, jeudi après-midi. Son fils, âgé de 23 ans, est dans un état grave. (Source : Le Républicain Landais).


Le grand passe-rues aux flambeaux avec le concours de la musique de Mont-de-Marsan.
La nuit tombée, les enfants parcouraient fièrement les deux rues du village, en tenant chacun, au bout d’une perche, une lanterne vénitienne à soufflet de papier coloré, dans laquelle était introduite une bougie qui, immanquablement, finissait par brûler la lanterne.
La fanfare suivait. C’était une grande fierté et un passage initiatique pour les enfants que nous étions. Le passe-rues était encore en faveur dans les années 1960.
Passe-rues était l’appellation locale de la marche aux flambeaux, ou retraite aux flambeaux, ou encore de la procession aux flambeaux. D'inspiration populaire, parfois à caractère patriotique, religieux ou militaire, ces manifestations festives se rencontrent dans de nombreux pays, comme la fête des Lanternes en Chine liée au Nouvel An, ou la Ndocciata, célébrée dans la cité italienne d'Agnone la veille de Noël (ndocce signifie torches).
 

La messe solennelle en musique.

À cette époque, chaque paroisse avait son curé. L’écho de la fanfare dans l’église était fantastique et préfigurait certainement les trompettes des anges au paradis. Cette tradition a perduré jusqu’à la fin du XXe siècle, près d’un siècle après la séparation de l’Église et de l’État.
 

La grande course aux taureaux.

S’il est un rituel encore très vivace en 2026, c’est bien celui de la course landaise, qui n’a rien d’une paisible course traditionnelle au sens où vous l’entendez. Il s’agit pour un « écarteur » d’éviter au dernier moment une « vache » de 400 kg, excitée et lancée sur lui au galop !

 

Sport dangereux, car si l’écarteur ou la vache fait un écart, le choc est rude. Au fil du temps, plusieurs décès ont été régulièrement déplorés.

 

En 1867, « À cette époque, l’écarteur Pientes se faisait tuer aux arènes de Tartas ».

 

Le 15 août 1873, un autre décès survenait dans les arènes de Mugron. « Les fêtes de Mugron ont été attristées par un fâcheux accident. Un écarteur, que nous ne connaissons que par son nom de guerre « Marencin », a été tué, lundi, vers la fin de la course par la vache « Machuela », du troupeau de M. Bacarisse. Ce malheureux a été saisi à plein corps, au moment d’une feinte manquée, et, comme le javelot d’Hyppolite, la corne lui a fait dans le flanc une large blessure qui a provoqué la mort immédiate ».

Quelques jours plus tard, le journal apporte les précisions suivantes : « L’écarteur dont nous avons annoncé la mort à Mugron sous le surnom « Marencin », se nommait en réalité Jean Labeyrie, il était garçon meunier à Taller, canton de Castets. Le coup de corne lui a perforé le poumon et le cœur ».

 

En 1893, soit cinq ans avant cette fête patronale de Campagne, un entrefilet du Républicain landais avait rapporté deux accidents dans les arènes de Campagne.

 

(AD40 Le Républicain landais-4 août 1893-89-Per Pl° 75/15, page 3).

 

 

Autre preuve de cette dangerosité, voici l’hécatombe qui s’abattit, le 18 juillet 1909, dans les arènes de Tartas, situées à quelques kilomètres de Campagne-de-Marsan.

 

« Depuis 1867, époque où l’écarteur Pientes se fit tuer aux arènes de Tartas, les aficionados qui ont dépassé la cinquantaine ne se rappellent pas avoir assisté à une course landaise de novillos aussi émouvante - par la fertilité des accidents - que celle qui a eu lieu dans la journée du 14 juillet à Tartas.

 

À la première sortie, Chateau 1er, de Tartas, qui fait partie de la cuadrilla de M. Barrère, de Burnos, a reçu une cornada à l’orifice du rectum d’une profondeur de 7 centimètres environ, qui a mis ce toréador hors de combat.

 

Un écarteur de troisième ordre, le nommé Labarrère, dit Turenne, en voulant éviter une vache, est tombé si malheureusement qu’il s’est cassé la jambe gauche.

 

Un ouvrier maréchal-ferrant, originaire d’Ygos, voulant faire ses débuts tauromachiques aux arènes de Tartas, a reçu dans les parties sexuelles un formidable coup de corne.

 

La course allait être finie, et cela par la frousse très compréhensible de tous les amateurs, quand soudain on vit un jeune ouvrier originaire de Salamanque (Espagne) descendre dans le redondel.

Voulant sans doute donner une leçon tauromachique à nos Landais, il ôta précipitamment sa longue blouse multiple couleurs, et, à l’instar de Reverte, essaya une pose de cape ; mais la vache espagnole, n’ayant aucun égard pour son compatriote, pas plus du reste que pour les Landais, fonça tête baissée sur le matador improvisé, et, après l’avoir promené au bout de ses cornes pendant une quarantaine de mètres, le projeta rudement sur le sol des arènes. Quand on le ramassa, on s’aperçut qu’il avait le poignet gauche foulé et de graves contusions au sternum.

 

Après avoir reçu des soins empressés à l’infirmerie, ces quatre blessés ont été transportés à leur domicile.

Nous apprenons au dernier moment qu’ils sont tous hors de danger, et qu’ils en seront quittes pour quelques jours de repos ». (Source : Le Républicain landais).

 

Les écarteurs étaient d'autant plus téméraires, et donc exposés, que des primes leur étaient accordées selon leur bravoure. Ici, le programme stipule "qu'une somme de 300 francs sera distribuée aux écarteurs selon leur mérite".

  

Le mât de cocagne. 

Il s'agit d'un jeu traditionnel populaire qui consiste à grimper en haut d'un poteau pour attraper un ou plusieurs des objets qui y sont suspendus. Le poteau est habituellement le plus lisse possible, et presque toujours enduit de graisse ou de savon, afin de rendre l'escalade plus difficile, voire impossible. Le sommet du poteau est coiffé d'une roue de charrette ou de bicyclette à laquelle sont suspendus les lots à gagner : friandises, saucisses, saucissons, jambons, jouets, objets divers.

Son nom fait référence au pays de Cocagne, l'une des régions les plus riches d'Europe du Moyen Âge à la Renaissance. Cette région du Lauragais (entre Toulouse, Carcassonne et Albi) produisait une plante tinctoriale, la guède, d'où l'on tirait le bleu pastel. La guède était broyée puis séchée en boules (ou coques, ou cocagnes) sur le toit des granges. La convoitise pour cette richesse a popularisé l'usage de mâts au sommet desquels on suspendait les cocagnes. Le bas du mât était enduit de graisse pour dissuader les voleurs. Un jeu traditionnel en a découlé. Ce jeu est ou était pratiqué dans les fêtes populaires d'Europe, en particulier en France, en Espagne et dans les îles Britanniques, ainsi qu'en Amérique du Sud, en Inde, en Indonésie.

 

La commission.

Dénommée plus tard comité des fêtes, elle regroupe des personnalités du village, dont le maire (Jérôme Gaston D'Estanque, 1856-1924) et l'ancien instituteur, secrétaire de mairie (Jean Réélzard, 1834-1910). À charge pour cette commission de proposer un programme des festivités, de recruter un groupe de musiciens, de contacter les propriétaires de taureaux (appelés vachettes de nos jours), la troupe d’écarteurs et de trouver le moyen de financer le tout.

 

Cent trente ans plus tard, à peu de changements de programme près, la tradition de la fête patronale demeure à Campagne-de-Marsan et dans la plupart des villages du Sud-Ouest.

 

 

Tous nos remerciements vont à Claudine Centieu qui nous a remis ce document de 1898.

 

 

 

 

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