"Depuis que cet endroit s’est rendu très marécageux, le bourg fournit considérablement des malades, et même des morts".
Délibération du Conseil municipal relative à la Grande route qui traverse le bourg de Campagne (NDLR : 880 habitants en 1805), tenue par Monsieur Jacques Destanque, maire ; Pierre Fauthouz, Pierre Dupuy, Jean Dumartin, Ferdinand Lacoste, Jean Bernède, Pierre Vives, Bernard Banos, Jean Cazaux, B. Séguès, membres du Conseil municipal.
Séance du 19 pluviôse de l’an 13 (8 février 1805).
« Sur la proposition d’un membre que la grande route qui traverse le bourg devient de jour en jour impraticable, et que depuis que la poste est établie dans le bourg, les habitants qui l’habitent, ne pouvant sortir du seuil de leur porte à raison des boues immondes qui s’y trouvent, et occasionnés par la poste. Cet objet devant interpeller, d’une manière très conséquente, des habitants qui y sont fixés par leur domicile, le Conseil municipal ne peut fixer son attention, plus humainement à sa proposition, attendu qu’il est aisé de reconnaître et d’apercevoir que depuis que cet endroit s’est rendu très marécageux, le bourg fournit considérablement des malades, et même des morts, et que l’état-civil peut facilement nous convaincre de la vérité.
Tous les membres du conseil ayant approuvé cette proposition, demandent et prient Monsieur le préfet du département d’ordonner que le bourg de la commune de Campagne soit pavé et propose au gouvernement le transport de deux cents kaar* de pierre au frais des habitants pour vu toutefois que ladite pierre soit extraite ».
Délibéré à Campagne même jour et ayant que dessus.
Par la suite, le relais de poste a été déplacé à la sortie ouest du village, aux lieux-dits actuels La Poste et Le Postillon, entre 1805 et 1815, à un kilomètre du centre du village.
Les affaires étaient florissantes, car en mai 1815, le relais de poste de Campagne, se dota d’un hôtel « Hôtel de Bel Air - Poste impériale. Le sieur Darroze, maître de Poste, à Campagne, tenant ci devant l’Hôtel de l’Empereur à Tartas, à l’honneur de prévenir, MM. les voyageurs, qu’il vient de faire construire à Campagne, route de Bordeaux à Bayonne, entre Mont-de-Marsan et Tartas, une auberge où l’on trouve toutes les commodités et les avantages qu’on peut désirer dans de pareils établissements. On y trouve aussi des écuries et remises sûres et vastes, pouvant recevoir cinquante chevaux et dix voitures suspendues. Il espère que MM. les voyageurs qui lui feront l’honneur de descendre chez lui, auront lieu d’être satisfaits par la modicité du prix, et de la manière dont ils seront reçus et traités ». (Journal des Landes-18 mai 1815-56-Per Pl° 1473/14).
Relais de poste et nuisances pour la santé
Avec le relais de poste, deux autres sortes de voyageurs s’étaient invités dans le bourg : les mouches et les moustiques dont les rôles dans la transmission des maladies n'étaient pas encore établis à cette époque.
Le Conseil municipal évoque un véritable marécage au centre du bourg, vraisemblablement créé puis entretenu par les ornières occasionnées par les chevaux et les roues des diligences. Or ces étendues de boue et d’eau sont connues comme étant très insalubres, avec des réservoirs de moustiques (anophèles, aédes, culex…), vecteurs de maladies potentiellement mortelles, avec une recrudescence après les pluies.
Rappelons que le paludisme a durement frappé les Landes jusqu’à la fin du XIXe siècle, jusqu’à ce que les plantations de pins et le drainage des marécages assainissent le territoire.
Le lien que les villageois ont fait entre le relais de poste, la boue et les maladies et les décès est donc très pertinent !
Une brève histoire des relais et maîtres de postes en France.
« Par l'édit du , Louis XI crée le premier relais de poste, appelé à cette époque la « poste assise ». Cette maison de poste est tenue par un « chevaucheur tenant la poste du roi » (appellation qui cède la place à « tenant poste » puis « maître de poste ») qui fournit des chevaux aux « chevaucheurs de l'écurie du roi » (appelés aussi « courriers du cabinet »).
« En 1584, on compte quatorze routes de poste dans le royaume de France, puis vingt-sept en 1636. Les maîtres de poste organisent quant à eux leur relais – on en compte 252 en 1584. Ils s’engagent à disposer de chevaux frais exclusivement pour les messagers royaux (ordonnance de François Ier de 1527) et obtiennent le monopole de la location de chevaux (édit d’Henri IV de 1602). Les relais appartenant à la « poste du roi » sont officiellement créés en 1597 ».
« Au XVIIe siècle, le maître de poste qui gère le relais a nécessité à disposer d’un personnel spécialisé et permanent, en général des valets d’écurie, pour accompagner les messagers, voitures et autres voyageurs au relais suivant. Le postillon est un de ses personnels. À l’origine, il est chargé de conduire – au galop par privilège royal – le « courrier » – l’homme chargé du transport des dépêches – de la poste aux lettres, qui circule nuit et jour, d’un relais à un autre – généralement distant l’un de l’autre des fameuses sept lieues – sur une des routes de poste. À destination, il revient à son relais de départ, « haut-le-pied », c’est-à-dire à vide, avec le cheval du courrier ».
« Devenant incontournable dans les relais, la profession de postillon se développe, selon l’importance du relais et le développement des postes aux chevaux. En 1763, on compte 4 000 postillons, puis près de 7 000 en 1790, et 8 000 vers 1840. Le postillon, âgé d’au moins 16 ans pour postuler à la charge, engagé sur recommandation, exerce jusqu’à l’âge de 40 ans en général et arrêtera, marqué par le métier et les conditions de travail. Il est le plus souvent originaire du pays du relais qui le recrute – il connaît mieux le terrain – et change peu de relais durant sa carrière ». En France, au début du XIXe siècle, sous le Premier Empire, il existe près de 1 400 maîtres de poste ; 16 000 chevaux sont répartis dans les différents relais.
« Le maître de poste est une personne, souvent un chevaucheur sédentarisé, qui tient un relais de poste aux chevaux. Il fournit, moyennant certains avantages, des relais aux voitures de l'administration des postes. Il dirige plusieurs personnes autour de lui : domestiques, postillons, valets et lingères. Pour devenir maître de poste, il faut avoir une bonne réputation, posséder quelques biens, c’est-à-dire une écurie, des chevaux et le fourrage pour leur nourriture. En résumé, justifier d’une bonne fortune ».
« Dans la France de l'Ancien Régime et jusqu'en 1873, le maître de poste exerce son activité en vertu d'un brevet que lui délivre l'autorité dont il dépend, à savoir le contrôleur général des postes, puis la ferme générale des postes et le surintendant général des postes de 1672 à 1792, et enfin le directeur général des postes à partir de 1804. Le maître de poste porte un uniforme à partir de 1786. La charge de maître de poste était achetée. En théorie, le brevet n'est pas négociable, mais il n'est pas rare qu'on le monnaye à prix d'argent malgré l'interdiction de l'Administration des postes ».
« Les maîtres de poste étaient par la suite contrôlés par des inspecteurs appelés les visiteurs des postes, qui vérifiaient les registres d'ordre ou l’ensemble des utilisateurs des relais (voyageurs, postillons...). Dans la plupart des cas, le brevet reste au sein du patrimoine familial, et la charge de maître de poste se transmet du père en fils ou de l'époux défunt à la veuve ».
« La possession du titre conférait à son titulaire, dans l'Ancien Régime, de nombreux avantages :
- le maître de poste est exempt de taille (impôt),
- il est exempt du logement des gens de guerre,
- il ne dépend pas des tribunaux de droit commun ».
« Ces charges étaient alors supportées par les autres habitants de la paroisse. C'est la raison pour laquelle le maître de poste cristallisait sur lui le ressentiment de ses co-paroissiens soumis à la contribution publique ».
« Outre sa fonction, le maître de poste avait habituellement comme occupation principale celle d’agriculteur, ou plus souvent de cabaretier et d'aubergiste ».
« Le titre de maître de poste disparait en France en 1873, par suite du développement des chemins de fer et des gares ferroviaires ».
Lexique
*Kaar : ancienne charrette. À l’origine de car en anglais, de car et autobus en français ?
Autre définition : palanquin, selle en panier, espace fermé érigé sur une selle de chameau.
Sources
AD40 Campagne-1803 - 1857-E DEPOT 61/1D1, page 7.
- AD40 Journal des Landes-18 mai 1815-56-Per Pl° 1473/14.
- Thierry Sabot - Contexte France - La vie quotidienne de vos ancêtres de 1500 à nos jours. Éditions Thisa - 2026.
- Wikipedia : Relais et maîtres de postes.
- Relais de Fontenay
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