Officier de santé
Le Journal des Landes du 31 octobre 1841, nous éclaire sur les capacités professionnelles de Jean Darroze.
« Sur la demande de Monsieur le préfet, Monsieur le ministre du commerce à accorder un secours de 200 Fr. au sur Morlaix, charpentier de la commune de Campagne, amputé du bras, droit, à la suite d’une fracture occasionnée par la chute d’un arbre. Cette amputation qui offrait un des cas, heureusement, rare en chirurgie, a été fait avec succès par Monsieur Darrze, chirurgien et maire de Campagne, assisté de l’honorable, monsieur Lartigue, médecin à Mont-de-Marsan. » (AD40 Journal des Landes-31 octobre 1841-766-Per Pl° 1473/31, page 2).
Les décrets des 28 juin et 8 juillet 1793 relatifs « à l’organisation des secours à accorder annuellement aux enfants, aux vieillards et aux indigents » ont créé un corps d'officiers de santé. Le texte précise qu'« il sera établi près de chaque agence un officier de santé chargé du soin de visiter à domicile et gratuitement tous les individus secourus par la nation, d’après la liste qui lui sera remise annuellement par l’agence. »
« Cette disposition très « moderne », mais qui a permis la pratique de la médecine sans distinction de diplôme, va induire une confusion au sein de la population et faire progresser la désertification médicale des campagnes et le charlatanisme ».
La loi du 19 ventôse an XI (10 mars 1803) va remettre de l'ordre et créer deux niveaux dans les professions de santé : celui des médecins et chirurgiens diplômés de la Faculté et celui des officiers de santé, appelés "second ordre". Ce dernier grade était ouvert à des praticiens qui ne possédaient pas le baccalauréat, mais qui avaient fait valider leur pratique par un jury départemental remplacé ensuite par un jury universitaire. Cette loi de 1803, relative à la médecine, est un compromis entre l’Ancien Régime et la Révolution.
« Nul ne peut [après la loi du 19 ventôse] exercer la médecine ou la chirurgie sans avoir été reçu docteur. Sauf dans les campagnes déshéritées où les « officiers de santé » créés comme palliatif pratiquent avec un bonheur inégal jusqu’en 1892. »
Les officiers de santé ne purent, jusqu’en 1855, pratiquer la médecine que dans le département où ils avaient reçu leur diplôme. Ils n’avaient pas le droit d’effectuer certains actes et ne pouvaient pas avoir accès aux fonctions de médecin hospitalier ou d’expert.
Certains officiers de santé, particulièrement les militaires, purent ensuite accéder au titre de docteur en médecine, après avoir soutenu une thèse de médecine devant un jury universitaire.
L’officiat de santé fut aboli en 1892, même si les officiers de santé déjà en exercice ont pu continuer à exercer, jusqu’à leur extinction. L’annuaire des Landes signalait, en 1911, d’autres officiers de santé dans d’autres communes des Landes.
Maire pendant une quarantaine d’années
C’est ainsi qu’en 1856, le nommé Jean Dubosq, qui avait obtenu comme trois autres candidats 90 suffrages, vit sa nomination de Conseiller municipal déclarée nulle, au prétexte qu’il est forain, c’est-à-dire étranger à la commune, et n’est pas propriétaire dans la commune de Campagne. « Quant au quatrième candidat Dubosc Jean qui a obtenu aussi 90 suffrages, Monsieur le Président a déclaré sa nomination nulle, vu qu’il est forain et n’est pas propriétaire dans la commune de Campagne ».
Rejet d’un élu non propriétaire (AD40 Campagne-1848 - 1879-E DEPOT 61/1D3, page 75). |
Signature de Jean Darroze, maire, et des conseillers
municipaux en 1856 (Source : AD40 Campagne-1848 - 1879-E
DEPOT 61/1D3, page 71). |
Dans les faits, le 7/08/1870, les Campenois avaient élu leur Conseil municipal de 12 membres, dont deux Jean Gaüzère. Jean Darroze avait été désigné maire le 4/09/1870, tous les élus ayant eu obligation de déclarer : « Je jure obéissance à la Constitution et fidélité à l’Empereur ».
Le 23/09/1870, par un véritable déni de démocratie, un arrêté préfectoral portait dissolution du Conseil municipal qui devait être remplacé par une Commission municipale en lieu et place, composée de 5 membres choisis par le préfet (Vives, Dudon, Dupouy, Labeyrie, Peyre). Lesquels procédèrent à l’élection de leur président, Étienne Vives et le 30 octobre 1870, le Préfet nommait Jean-Baptiste Fauthoux, adjoint au président de la commission.
Jusqu’en février 1871, Étienne Vives, médecin vétérinaire et propriétaire terrien, fut donc le « maire ». Le 30 avril 1871, se tiennent de nouvelles élections municipales avec la participation de 274 votants.
Le 14 mai 1871, c’est Jean Peyre qui apparaît comme « maire » dans le compte-rendu de délibération du Conseil municipal, rédigé par Jean Réélzard, secrétaire de mairie et instituteur. Lors de la même séance, Jean Darroze retrouve son siège de maire, ainsi que les anciens conseillers municipaux. Il est décédé le 9 octobre 1890, à son domicile dans le bourg de Campagne, à l'âge de 78 ans.
Avis de décès et éloge de Jean Darroze dans le Républicain Landais du 10 octobre 1890. |
Peppone et Don Camillo avant la lettre
Alors que les relations avaient été excellentes avec le comte Victor de Marsan, curé de la paroisse décédé le 27 avril 1868, à partir de 1868, Jean Darroze et son Conseil municipal eurent à gérer et à porter au tribunal, un conflit qui a duré plusieurs années, avec le successeur qui semble avoir été une forte tête, l’Abbé Lartigau, secrétaire et président du Conseil de fabrique. Au sein d'une paroisse catholique, le conseil de fabrique était un ensemble de personnes (clercs et laïcs) ayant la responsabilité de la collecte et de l'administration des fonds et revenus nécessaires à la construction et entretien des édifices religieux et du mobilier de la paroisse : église, chapelle, calvaire…
Jugez-en ! Le curé ferme à clef l’accès à la sacristie et au faîtage de l’église, c’est-à-dire au clocher, refuse l’accès au colombier de pigeons qui s’est établi spontanément dans le clocher et à son usufruit dont bénéficiait la commune depuis trois ans (session du Conseil municipal de novembre 1871, donc l’affaire semble durer depuis 1868). En août 1871, il refuse de présenter les comptes de la fabrique, nie la nécessité de réparer la toiture du sanctuaire alors que l’architecte départemental souligne l’urgence de le faire, préfère réparer le presbytère. Or, les nombreuses gouttières menacent les peintures récentes faites à grands frais. Le toit du clocher et les bas-côtés sont dégradés. Le Conseil municipal engage d’urgence la somme de 50 francs pour les travaux les plus urgents à faire avant l’hiver, somme que le curé refusera de rembourser à la commune, même après condamnation par le tribunal et sommation du préfet. Le curé veut faire creuser une niche pour y abriter une statue de la Vierge, dans le mur de l’église, alors que ce mur est en mauvais état... En 1875, le curé a fait détruire l’hôtel en marbre de l’église sans en informer le Conseil municipal ni le conseil de fabrique. Il envisage d’autres transformations sans concertation aucune. Protestations véhémentes et feutrées du Conseil municipal… « Monsieur le Curé continue à agir de la façon la plus arbitraire ».
Maire et soignant, Jean Darroze sut se montrer généreux et désintéressé
Sa famille
Son père, également prénommé Jean, est né le 3 mars 1772 à Gamarde-les-Bains (Landes) à quelques kilomètres de Tartas. Il est décédé à Campagne le 16 mai 1837 à, à l'âge de 65 ans. Les arbres généalogiques de Geneanet, le citent successivement comme vigneron, négociant, cultivateur, aubergiste, puis maître de postes à Campagne. Il s’est marié à trois reprises, a connu deux veuvages et a été père de neuf enfants.
Deux de ses frères se prénommaient Raimond. Le premier est né le 26 juillet 1806 à Gamarde-les-Bains et décédé le 25 septembre 1871 à Campagne à l'âge de 65 ans, il était propriétaire. Son fils Jean, né le 17 août 1833 à Campagne, était médecin ou officier de santé et domicilié à Pontenx (Landes).
Le deuxième Raimond est né le 17 juillet 1817 à Campagne, et est décédé après 1895 : il était également officier de santé. Il est l’ancêtre, du côté maternel, d’Alain Juppé (né en 1945), ancien Premier ministre (1995-1997) et maire de Bordeaux.
Son petit-neveu, Albert Raymond Darroze (Campagne 1861 - Mont-de-Marsan 1940) fut également maire de la commune pendant quelques années. Il démissionna en juillet 1917 après sa nomination comme juge au Tribunal civil de Mont-de-Marsan. Ensuite, il devint procureur à Tarbes. Né le 2 octobre 1861 à Campagne, il est décédé le 22 décembre 1940 à Mont-de-Marsan.
Sources
- Naissance : Archives départementales des Landes, commune de Tartas, année 1812, cote registre 4 E 313/1-5, acte de naissance n° 31, vue numérisée 360/941 http://archivesenligne.landes.org/ark:/35227/s0052cbf4467d7fe/52cc061095423
- Union: Archives départementales des Landes, commune de Saint-Sever, cote registre 4 E 282/30, année 1840, acte de mariage n° 18, vue numérisée 135/232 http://archivesenligne.landes.org/ark:/35227/s0052cbf444e91bd/52cc03f0a142b
- Décès: Archives départementales des Landes, commune de Campagne, année 1890, cote registre 4 E 61/24, acte de décès n° 18, vue numérisée 40/94 http://archivesenligne.landes.org/ark:/35227/s0052cbf437d8263/52cbf80eecfdb
- Délibérations des communes : AD30 Campagne-1848 - 1879-E DEPOT 61/1D3
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire