Relais et maîtres de postes dans les Landes en 1840

En 1840, le département des Landes comptait 7 routes royales d’une longueur de 462,175 km ; 11 routes départementales d’une longueur de 333,539 km et plusieurs routes vicinales de grande communication. Sa population était de 281 504 habitants et sa superficie était de 910 575 hectares. Il ne comptait que 17 relais de postes, dont l’un était situé à la sortie ouest de Campagne-de-Marsan, au lieu encore appelé de nos jours, La Poste.
 
Ce relais avait été tout d’abord situé au beau milieu du village, où en 1805, le Conseil municipal déplore qu’il ait transformé le centre du village en un cloaque qui cause des maladies et des morts. En 1812, dans un entrefilet du Journal des Landes du 30 mai, Monsieur Larose (lire Darroze), maître de poste à Campagne, informe qu’il continue de tenir l’Hôtel de l’Empereur à Tartas « où on sera servi avec propreté et célérité. D’après les augmentations qu’il y a fait, on trouvera des écuries vastes et commodes » (Journal des Landes-30 mai 1812-20-Per Pl° 1473/12, page 4).

Ses affaires sont florissantes, car en mai 1815, le relais de poste de Campagne, se dote d’un hôtel « Hôtel de Bel Air - Poste impériale.

Le sieur Darroze, maître de Poste, à Campagne, tenant ci devant l’Hôtel de l’Empereur à Tartas, à l’honneur de prévenir, MM. les voyageurs, qu’il vient de faire construire à Campagne, route de Bordeaux à Bayonne, entre Mont-de-Marsan et Tartas, une auberge où l’on trouve toutes les commodités et les avantages qu’on peut désirer dans de pareils établissements. On y trouve aussi des écuries et remises sûres et vastes, pouvant recevoir 50 chevaux et 10 voitures suspendues. Il espère que MM. les voyageurs qui lui feront l’honneur de descendre chez lui, auront lieu d’être satisfaits par la modicité du prix, et de la manière dont ils seront reçus et traités ». (Journal des Landes-18 mai 1815-56-Per Pl° 1473/14).

 

 
« En 1848, la vitesse moyenne d'une diligence est de 9,5 km à l'heure. En 1848, les maîtres Poste distribuent 152 millions de lettres. Le pays compte 3 000 km de voies ferrées ».  
 
Changement de chevaux au relais de poste - Œuvre de Heinrich Bürkel (1802-1869) (source : Wikipédia).

Sur la route royale qui reliait de chef-lieu du département, Mont-de-Marsan, à Bayonne, les relais étaient espacés d’environ 15 kilomètres, soit 5 relais, sans compter les relais de départ et d’arrivée : Campagne, Tartas, Pontonx, Saint-Paul-lès-Dax et Saint-Geours.

 

Liste des relais et maîtres de postes dans les Landes en 1840

  • Aux Traverses, M. Gayet.
  • Roquefort, M. Gayet.
  • Caloy, M. Lasgourgues.
  • Mont-de-Marsan, M. Lasgourgues.
  • Campagne, Mme veuve Darroze.
  • Tartas, M. Labouroire.
  • Pontonx, M. Navarre.
  • Saint-Paul-lès-Dax, M. Darqué.
  • Saint-Geours, M. Darricau.
  • Les Cantons, M. Menjou.
  • Grenade, Mme veuve Grillon.
  • Villeneuve, idem.
  • Aire, M. Manescau.
  • Saint-Sever, M. Bergerot. 
  • Momuy, M. Broca-Despagnon. 
  • Biaudos, M. Bignon. 
  • Peyrehorade, M. Bignon.

En 1841, « Le Conseil persiste à demander qu’un relais de poste soit établi entre Saint-Sever et Auriac »
En 1841, « Le Conseil exprime le vœu qu’un service de poste journalier et direct soit établi de Saint-Sever à Dax, avec un bureau de distribution à Montfort ». 

Un brève histoire des relais et maîtres de postes en France.

 

« Par l'édit du , Louis XI crée le premier relais de poste, appelé à cette époque la « poste assise ». Cette maison de poste est tenue par un « chevaucheur tenant la poste du roi » (appellation qui cède la place à « tenant poste » puis « maître de poste ») qui fournit des chevaux aux « chevaucheurs de l'écurie du roi » (appelés aussi « courriers du cabinet »).

 

« En 1584, on compte quatorze routes de poste dans le royaume de France, puis vingt-sept en 1636. Les maîtres de poste organisent quant à eux leur relais – on en compte 252 en 1584. Ils s’engagent à disposer de chevaux frais exclusivement pour les messagers royaux (ordonnance de François Ier de 1527) et obtiennent le monopole de la location de chevaux (édit d’Henri IV de 1602). Les relais appartenant à la « poste du roi » sont officiellement créés en 1597 ».

 

« Au XVIIe siècle, le maître de poste qui gère le relais a nécessité à disposer d’un personnel spécialisé et permanent, en général des valets d’écurie, pour accompagner les messagers, voitures et autres voyageurs au relais suivant. Le postillon est un de ses personnels. À l’origine, il est chargé de conduire – au galop par privilège royal – le « courrier » – l’homme chargé du transport des dépêches – de la poste aux lettres, qui circule nuit et jour, d’un relais à un autre – généralement distant l’un de l’autre des fameuses sept lieues – sur une des routes de poste. À destination, il revient à son relais de départ, « haut-le-pied », c’est-à-dire à vide, avec le cheval du courrier ».

 

« Devenant incontournable dans les relais, la profession de postillon se développe, selon l’importance du relais et le développement des postes aux chevaux. En 1763, on compte 4 000 postillons, puis près de 7 000 en 1790, et 8 000 vers 1840. Le postillon, âgé d’au moins 16 ans pour postuler à la charge, engagé sur recommandation, exerce jusqu’à l’âge de 40 ans en général et arrêtera, marqué par le métier et les conditions de travail. Il est le plus souvent originaire du pays du relais qui le recrute – il connaît mieux le terrain – et change peu de relais durant sa carrière ».

En France, au début du XIXe siècle, sous le Premier Empire, il existe près de 1 400 maîtres de poste ; 16 000 chevaux sont répartis dans les différents relais.

 

« Le maître de poste est une personne, souvent un chevaucheur sédentarisé, qui tient un relais de poste aux chevaux. Il fournit, moyennant certains avantages, des relais aux voitures de l'administration des postes. Il dirige plusieurs personnes autour de lui : domestiques, postillons, valets et lingères. Pour devenir Maître de Poste, il faut avoir une bonne réputation, posséder quelques biens, c’est-à-dire une écurie, des chevaux et le fourrage pour leur nourriture. En résumé, justifier d’une bonne fortune ».

 

« Dans la France de l'Ancien Régime et jusqu'en 1873, le maître de poste exerce son activité en vertu d'un brevet que lui délivre l'autorité dont il dépend, à savoir le contrôleur général des postes, puis la ferme générale des postes et le surintendant général des postes de 1672 à 1792, et enfin le directeur général des postes à partir de 1804. Le maître de poste porte un uniforme à partir de 1786. La charge de maître de poste était achetée. En théorie, le brevet n'est pas négociable, mais il n'est pas rare qu'on le monnaye à prix d'argent malgré l'interdiction de l'Administration des postes ».

 

« Les maîtres de poste étaient par la suite contrôlés par des inspecteurs appelés les visiteurs des postes, qui vérifiaient les registres d'ordre ou l’ensemble des utilisateurs des relais (voyageurs, postillons...). Dans la plupart des cas, le brevet reste au sein du patrimoine familial, et la charge de maître de poste se transmet du père en fils ou de l'époux défunt à la veuve ».

 

« La possession du titre conférait à son titulaire, dans l'Ancien Régime, de nombreux avantages :

  • le maître de poste est exempt de taille (impôt),
  • il est exempt du logement des gens de guerre,
  • il ne dépend pas des tribunaux de droit commun ».

 

« Ces charges étaient alors supportées par les autres habitants de la paroisse. C'est la raison pour laquelle le maître de poste cristallisait sur lui le ressentiment de ses co-paroissiens soumis à la contribution publique ».

 

« Outre sa fonction, le maître de poste avait habituellement comme occupation principale celle d’agriculteur, ou plus souvent de cabaretier et d'aubergiste ».

 

« Le titre de maître de poste disparait en France en 1873, par suite du développement des chemins de fer et des gares ferroviaires ».

 

À Campagne-de-Marsan


Cette fonction fut longtemps tenue par la famille Darroze (ancêtres d’Alain Juppé, du côté maternel). La liste ci-dessus nous apprend que M. Darroze avait transmis sa charge à sa veuve qui dirigeait le relais en 1840.
Plus exactement le brevet de maîtresse de poste, avait été décerné « Au nom du roi » à Mme veuve Darroze, le 13/07/1839.
 
Brevet royal de maitresse de postes (AD40 Campagne-1803 - 1857-E DEPOT 61/1D1, page 131).

 

Les annuaires des Landes de 1830 à 1837, nous apprennent que la commune comptait trois Électeurs-jurés qui participaient aux votes du Département, parce qu’ils payaient plus de 200 francs d’impôts annuels : M. Darroze (le maître de poste), M. D’Estanque et M. Arnaud Vives. Les deux derniers furent également maires de la commune au cours du XIXe siècle, ainsi que le fils Darroze.

Sources


AD40 Per In 12/1-1/11-Annuaire administratif, judiciaire et industriel du département des Landes pour l'année 1839-1839.

AD40 Per In 12/1-1/12-Annuaire administratif, judiciaire et industriel du département des Landes pour l'année 1840-1840, page 65.

Per In 12/1-1/13-Annuaire administratif, judiciaire et industriel du département des Landes pour l'année 1841-1841.

Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ma%C3%AEtre_de_poste

Relais de Fontenay. https://relais-de-fontenay.org/relais-maitres-de-poste-et-postillons
 
Contexte France, Thierry sabot, Éditions Thisa 2023.

 



 


 





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