1893 : du danger des courses landaises à Campagne-de-Marsan et ailleurs…

La lecture du Républicain landais est riche en faits divers qui permettent de reconstituer la vie des villages landais. S’il est un rituel encore très vivace en 2025, c’est bien celui de la course landaise, qui n’a rien d’une paisible course traditionnelle au sens où vous l’entendez. Il s’agit pour un « écarteur » d’éviter au dernier moment une « vache » de 400 kg, excitée et lancée sur lui au galop !

 

Écarteurs blessés.

 

« Les fêtes de Campagne, près de Mont-de-Marsan, qui se célébraient dimanche 30 et lundi 31 juillet (1893, NDLR), ont été attristées par un événement tragique. Un écarteur connu sous le nom de Pouly, natif d’Aire, a été, le lundi, grièvement blessé par la vache Ratona.

Son état était tellement grave qu’il a nécessité son transfert à l’hôpital de Mont-de-Marsan.

Un deuxième écarteur a été blessé dimanche à Hagetmau, etc. »

 

Le Républicain landais - 4 août 1893-89-Per Pl° 75/15, page 3.

 

Un sport dangereux !

 

Quelques blessures graves et quelques morts émaillent encore, de nos jours, la course landaise, et les « tumades » peuvent être mortelles.

 

Jeune écarteur landais à l’entrainement dans les arènes de Campagne-de-Marsan  (photo : B-A Gaüzère).

 

Citons le blog spécialisé : La course landaise et son patrimoine.

 

« La course landaise a toujours été, et est encore, un sport dangereux. La confrontation directe, face à face, avec des coursières qui apprennent au fil des courses les subtilités de ce duel tourne régulièrement à l’avantage de ces dernières. Le choc n’est jamais anodin, même si l’homme se relève et repart au combat avec détermination et sans séquelle apparente. Je vous recommande à ce sujet l’article réalisé par le Dr Philippe Ducamp, lui-même ancien champion de France des sauteurs, dans la revue Médecins du Sport en août-septembre 2002. Il n’hésite pas à qualifier la course landaise de « sport le plus traumatique au monde », et dresse une liste impressionnante des types de blessures dont nos acteurs peuvent souffrir ».

 

D'autres accidents, parfois mortels.

 

1867 : « À cette époque, l’écarteur Pientes se faisait tuer aux arènes de Tartas ».

 

Le 15 août 1873, un autre décès survenait dans les arènes de Mugron. « Les fêtes de Mugron ont été attristées par un fâcheux accident. Un écarteur, que nous ne connaissons que par son nom de guerre « Marencin », a été tué, lundi, vers la fin de la course par la vache « Machuela », du troupeau de M. Bacarisse. Ce malheureux a été saisi à plein corps, au moment d’une feinte manquée, et, comme le javelot d’Hyppolite, la corne lui a fait dans le flanc une large blessure qui a provoqué la mort immédiate ».

Quelques jours plus tard, le journal apporte les précisions suivantes : « L’écarteur dont nous avons annoncé la mort à Mugron sous le surnom « Marencin », se nommait en réalité Jean Labeyrie, il était garçon meunier à Taller, canton de Castets. Le coup de corne lui a perforé le poumon et le cœur ».

Autre preuve de cette dangerosité, voici l’hécatombe qui s’abattit, le 18 juillet 1909, dans les arènes de Tartas, situées à quelques kilomètres de Campagne-de-Marsan.

« Depuis 1867, époque où l’écarteur Pientes se fit tuer aux arènes de Tartas, les aficionados qui ont dépassé la cinquantaine ne se rappellent pas avoir assisté à une course landaise de novillos aussi émouvante - par la fertilité des accidents - que celle qui a eu lieu dans la journée du 14 juillet à Tartas.

À la première sortie, Chateau 1er, de Tartas, qui fait partie de la cuadrilla de M. Barrère, de Burnos, a reçu une cornada à l’orifice du rectum d’une profondeur de 7 centimètres environ, qui a mis ce toréador hors de combat.

Un écarteur de troisième ordre, le nommé Labarrère, dit Turenne, en voulant éviter une vache, est tombé si malheureusement qu’il s’est cassé la jambe gauche.

Un ouvrier maréchal-ferrant, originaire d’Ygos, voulant faire ses débuts tauromachiques aux arènes de Tartas, a reçu dans les parties sexuelles un formidable coup de corne.

La course allait être finie, et cela par la frousse très compréhensible de tous les amateurs, quand soudain on vit un jeune ouvrier originaire de Salamanque (Espagne) descendre dans le redondel.

Voulant sans doute donner une leçon tauromachique à nos Landais, il ôta précipitamment sa longue blouse multiple couleurs, et, à l’instar de Reverte, essaya une pose de cape ; mais la vache espagnole, n’ayant aucun égard pour son compatriote, pas plus du reste que pour les Landais, fonça tête baissée sur le matador improvisé, et, après l’avoir promené au bout de ses cornes pendant une quarantaine de mètres, le projeta rudement sur le sol des arènes. Quand on le ramassa, on s’aperçut qu’il avait le poignet gauche foulé et de graves contusions au sternum. 

Après avoir reçu des soins empressés à l’infirmerie, ces quatre blessés ont été transportés à leur domicile.

Nous apprenons au dernier moment qu’ils sont tous hors de danger, et qu’ils en seront quittes pour quelques jours de repos ». (Source : Le Républicain landais).

 

Le Républicain bazadais, samedi 26 juin 1897.

« Malheureusement, un accident a vivement impressionné le public : l’écarteur Baillet, après un écart exécuté dans les règles, a été rejoint par la vache Maravilla et a reçu un coup de corne qui, après avoir suivi les côtes, a frappé Baillet à la base du crâne, mettant le cervelet à nu. L’état de ce jeune homme, dont nous avons fait prendre des nouvelles à l’hospice où il est en traitement, est considéré comme désespéré. »

 

Le Glaneur, dimanche 11 juillet 1897.

« L’écarteur Alexandre Baillet, transporté à l’hôpital de notre ville à la suite d’une blessure grave reçue pendant les courses du 24 juin dernier, est mort lundi soir, à dix heures, dans les bras de sa mère, après onze jours d’atroces souffrances. Alexandre Baillet n’avait pas encore 24 ans. » 

 

-  Groupe d'écarteurs landais en 1900
Groupe d'écarteurs landais au début du XXe siècle ?

 

Plus récemment…

 

Citons France Bleu

 

Mai 2023 – « Pendant le concours landais de ce vendredi à Dax, le jeune homme de 25 ans a pris une vache et est retombé sur ses cervicales. Il a été évacué dans la nuit à Bordeaux pour y être opéré. Il a retrouvé des sensations dans les membres supérieurs, mais pas encore dans les inférieurs.

« Les aficionados de course landaise sont sous le choc après le grave accident, vendredi 11 août, de l'écarteur de Laurède Bastien Lalanne, 25 ans, qui a fait une dangereuse chute après avoir été percuté par une vache. "Il est retombé sur la tête, on a tout de suite compris que c'était grave", explique le président de la fédération, Patrice Larrosa.


« Évacué dans la nuit à Bordeaux, le champion et fils de champion de course landaise a subi deux opérations dans la matinée de ce samedi. Selon son équipe, la ganaderia Dargelos, il a retrouvé ce dimanche 13 août des sensations dans les membres supérieurs, mais l'inquiétude plane toujours pour les inférieurs ».


Un peu d’histoire

 

D’après le blog : Les Landes en vrac.
 
Si la course landaise actuelle est véritablement née au cours du XIXe siècle, ses origines lointaines et primitives remontent jusqu’au Moyen Âge. Le premier texte qui interdit les lâchers de taureaux, bœufs et vaches dans les rues est un arrêté des échevins de Bayonne daté de 1289, conservé aux archives municipales.
 
« Sans emplacement particulier réservé, ces courses consistaient à lâcher les animaux dans les rues, sans aucune précaution de sécurité, à la disposition des plus téméraires osant les provoquer et défier les cornes. Il s’agissait la plupart du temps de bêtes devant être conduites à l’abattoir, et cela devint un jeu anarchique et païen destiné à la jeunesse courageuse en quête de sensations. Un compte rendu en gascon de 1603 montre qu’il s’agissait surtout de piquer l’animal avec des aiguillons fixés au bout de bâtons, et de feintes dites « à la barre panade », ou du « paré » qui consistait à détourner des mains la tête de l’animal lors de sa charge, tout en effaçant un peu le corps. »
 
En raison du nombre de victimes de ces courses sauvages, s’ensuivirent plusieurs siècles d’interdictions venues de toutes parts – royales, épiscopales, provinciales… – lesquelles se heurtèrent à l’opposition farouche de la population et ne firent que renforcer son attachement à cette pratique excitante.
 
« Les premières restrictions imposant la construction d’enceintes fermées permirent ensuite à ce qui devint la course landaise de s’enraciner et se développer jusqu’à devenir une tradition populaire reconnue. »
 
« C’est sur cette base qu’au cours du XIXe siècle la course landaise s’organisa. D’une pratique libre dans les rues, puis sur les places de villages ou champs de foire fermés par des charrettes, elle se déroula uniquement dans des lieux délimités et clos, donnant lieu à la construction des premières arènes. »
 
« Les pratiques anciennes de l’aiguillade, consistant à aiguillonner le cou des bêtes, et du saut avec une perche, disparurent au milieu du XIXe siècle au profit de l’esquive par la feinte et l’écart, puis le saut au-dessus de l’animal ».
 
« Inspirée de « l’habit de lumières » des toreros de corrida, la tenue des « écarteurs » landais, ne fut adoptée qu’à la fin du XIXe siècle (pantalon de toile blanc, ceinture rouge, chemise blanche, cravate, boléro et gilet de velours aux couleurs agrémentées de franges, perles et chamarrures de paillettes d’or ou d’argent, bottines… et béret). »
 
« Après 1890, à la suite de nombreux et dramatiques accidents, on se résolut à « embouler » les cornes des vaches par des tampons de bois, cuir, puis chatterton – lesdites vaches étant par ailleurs guidées par une corde. Il n’empêche qu’entre 1887 et 1905, une douzaine d’écarteurs y perdirent la vie, et une dizaine entre 1905 et 2000. »
 

Sources


  • AD40 - Le Républicain landais - 4 août 1893-89-Per Pl° 75/15, page 3.

 


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Article épinglé

En 1898, les fêtes patronales de Campagne-de-Marsan (Landes) : demandez le programme.

Cette locution nominale désignait la fête religieuse d’une paroisse, en l’honneur du saint protecteur de celle-ci, soit Saint-Pantaléon  pou...

Articles les plus consultés