Le Journal des Landes, 9 mars 1828.
« Par jugement du tribunal de simple Police de Mont-de-Marsan, du six de ce mois, 10 habitants de la commune de Campagne ont été condamnés chacun à 11 Fr. d’amendes et tous solidairement aux dépens, pour avoir participé à un charivari, Fait dans la nuit du premier aux deux février dernier ».
AD40 Journal des Landes-9 mars 1828-312-Per Pl° 1473/23, page 3. |
Charivari nocturne (IA Mistral - B-A Gaüzère 2025). |
L’année suivante, quelques tapageurs de la commune voisine ont été condamnés à des amendes, pour bruit nocturne, mais pas pour charivari. Constatons qu’ils étaient moins nombreux : le charivari est-il défini par un nombre minimum de participants ?
« Dans sa séance du 26 juin, dernier, le tribunal de simple police de la ville de Mont-de-Marsan, a condamné les dénommés ci-après, savoir :
Jean Soubielle, Jean Lacoste, Bernard, Dunogué et André Clavé, de la commune de Saint-Perdon (section de Saint-Orens), chacun et solidairement, à 11 Fr. d’amende et aux dépens, comme convaincus de bruit nocturne, dans la soirée du 31 mai dernier, dans la commune de Campagne ». (AD40 Journal des Landes-5 juillet 1829-46-Per Pl° 1473/23, page 1).
Charivari, qu’est-ce vraiment ?
Un charivari est un rituel observé en France depuis le XIVe siècle, dans lequel un groupe de personnes masquées se rassemble la nuit devant chez quelqu'un afin de faire beaucoup de bruit avec toute sorte d'objets détournés de leur usage et ainsi lui faire honte. Cette pratique offre des similitudes avec les processions dionysiaques et connaît des pendants dans d’autres sociétés : rough music en Angleterre, Katzenmusik, Haberfeldtreiben en Allemagne.
Il s’agit d’une démarche symbolique, d’une démonstration empreinte de violence morale et parfois physique, visant à sanctionner des personnes ayant enfreint les valeurs morales et (ou) les traditions d'une communauté.
Il est l’ancêtre de la casserolade d'aujourd'hui ou concert de casseroles qui est une protestation populaire consistant à frapper des ustensiles domestiques de métal pour lancer un charivari, permettant aux citoyens de se manifester.
Pourquoi une telle sévérité de la part des autorités pour les participants à ce tapage nocturne ?
Par-delà le simple tapage nocturne, le charivari a toujours été un sujet sensible pour les autorités religieuses ou civiles. Les autorités interdisaient la pratique du charivari qui troublait l'ordre public et pouvait déboucher sur une révolte ou une révolution. Dès le XIVe siècle, des condamnations prononcées par les autorités catholiques attestent de la pratique du charivari. À cette époque, il se tenait généralement à l'occasion d'un mariage jugé mal assorti (un homme âgé avec une jeune femme) ou d'un remariage (veuf ou veuve se remariant trop vite après le décès de son premier conjoint : il s'agit alors d'un rite funéraire dans lequel le bruit est le seul moyen d'expression du défunt).
Le charivari pouvait durer très longtemps, tant que les personnes mises en cause n'acceptaient pas de verser une sorte de rançon, comme au minimum offrir à boire aux participants, et souvent de « courir l'âne » : les conjoints devaient enfourcher un âne, la femme dans le bon sens, l'homme à l'envers, tourné vers le derrière et tenant en main la queue de l'animal, au milieu de la foule qui les conspuait.
Quatre années après cette petite affaire campagnarde, le charivari était pratiqué en France dès 1832 par des milliers de personnes pour dénoncer la monarchie de Juillet*. Les archives relatent des charivaris à l'encontre de personnalités politiques dans les années 1830, menés avec l'intention de leur faire honte pour des comportements déloyaux, par exemple de la part d'un député qui aurait trahi ses citoyens électeurs.
Le charivari s’est poursuivi au XXe siècle, sous forme non-violente dans un contexte où manifester était dangereux. Il s’est généralisé au XXIe siècle comme lors de la révolution islandaise de 2008, du mouvement des indignés de 2011 en Espagne ou du mouvement contre la réforme des retraites de 2023 en France.
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* La monarchie de Juillet a été le régime politique de la France entre 1830 et 1848, instaurée le après la révolution dite des « Trois Glorieuses » les 27, 28 et 29 juillet 1830, elle a porté au pouvoir Louis-Philippe Ier qui n’a pas été sacré roi de France, mais intronisé roi des Français. Elle a fait suite à la monarchie dite « conservatrice » qu’a été la Restauration entre 1814 et 1830.
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