Quelques destins de bagnards landais.

Il est ici question de quelques Landais condamnés aux travaux forcés dans les bagnes coloniaux de Guyane et de Nouvelle-Calédonie. Transportés ou relégués pour des crimes et des délits de droit commun, leur nombre exact ne nous est pas connu.
Le bagne de Cayenne de Guyane créée officiellement en 1854 a été fermé en 1953. Celui de Nouvelle-Calédonie a été en activité de 1864 à 1924.
La condamnation au bagne était souvent synonyme de mort ou de tentatives d’évasion pour échapper à la mort lente.
 
L’objectif de ces bagnes était d’éloigner les criminels de la métropole, mais aussi de disposer de main-d’œuvre de peuplement des colonies. Raison pour laquelle les peines de travaux forcés étaient doublées : une fois la peine purgée, le condamné devait rester sur le territoire de la colonie pendant la même durée. Pour les peines de plus de huit ans, le condamné devait rester dans la colonie pour le reste de sa vie.
 
« Les condamnés sont répartis en trois catégories : la première est celle des transportés ou condamnés de droit commun (plus de 50 000 condamnés aux travaux forcés envoyés en Guyane entre 1852 et 1938), la deuxième grande catégorie est celle des relégués (ou multirécidivistes de petits délits, la peine de la relégation, créée par la loi de 1885 équivalant à un exil perpétuel) et enfin, la troisième catégorie est celle des déportés (ou condamnés politiques). »
 
En raison des conditions de travail difficiles et des maladies, la mortalité des relégués était particulièrement élevée. Entre 1887 et 1917, l’espérance de vie moyenne d’un relégué n’était que de 6 ans.


 

Cimetière des déportés de la Commune, à l’île des Pins, Nouvelle-Calédonie (Photo : B-A Gaüzère, 2011).

 

Quelques Landais condamnés au bagne de Guyane

 
Joseph Henri Laborde, né le 28 juillet 1898 à Saint-Sever. Journalier.
Condamné le 28 octobre 1920 à cinq ans de travaux forcés pour vols qualifiés, commis les 29 mai et 8 juin 1920, avec interdiction de séjour de 10 ans.
Il avait déjà eu de nombreux démêlés avec la justice.
  • 4/09/1915, 3 mois de prison pour outrage à agent, voies de fait sur agents, tapage injurieux et nocturne, ivresse publique manifeste.
  • 30/10/1916 pour grivèlerie à Bordeaux (8 jours de prison).
  • 8/10/1919 pour désertion à l’intérieur par temps de guerre (2 mois de prison).
Taille 174 cm, instruction primaire, niveau 3.
 
Embarqué le 27/12/1921 sur le La Martinière, à destination de la Guyane, il a été affecté à l’atelier des chaises, conduite « Assez bonne ».
 
Il a survécu et est rentré le 21/10/1930 par le cargo Basse-Terre. De retour à Saint-Médard (Gironde), il a ensuite vécu à Paris, de 1931 à 1934.
Il a été rappelé en activité le 19/09/1939 à la 18ème section des exclus. Engagé volontaire, il a été démobilisé le 3/08/1940. 
 

Jean Ducom est né le 14/12/1855, à Luglon. Sa fiche militaire, établie en 1875, le déclare domestique. Sa fiche de bagnard le déclare cultivateur et charpentier.

Alors que son casier judiciaire était vierge, il a été condamné par la cour d’assises des Landes, le 6/04/1900, aux travaux forcés à perpétuité, pour homicide volontaire suivie de vol, commis le 1er/02 1900.

 

Il a embarqué pour la Guyane (et non pour la Nouvelle-Calédonie) sur le Calédonien, le 16/05/1900.

 

        Un exemple de registre du bagne : le fiche de Jean Ducom (source : ANOM).

 

Son dossier pénitentiaire fait état de multiples évasions dont la dernière a réussi.

Évadé le 28/08/1901, réintégré le 11/10/1901.

Évadé le 29/05/1903, réintégré le 9/07/1903.

Évadé le 13/09/1903, réintégré le 8/04/1904.

Évadé le 22/07/1904, réintégré le 17/08/1904.

Évadé le 11/10/1904 : 2 ans de chaîne double.

Évadé le 26/09/1906, des Hattes.

L’histoire ne nous dit pas ce qu’il est advenu de l’évadé qui n’a jamais été repris.

 

Rappel de l’affaire - 13 avril 1900. 

« L’auteur de l'assassinat de Campet-et-Lamolère, Jean Ducom, condamné, comme on sait, aux travaux forcés à perpétuité, a été remis, mardi dernier, aux agents des maisons centrales qui l’ont embarqué pour l’île-de-Ré, où il attendra le prochain départ pour la Nouvelle-Calédonie. Dans la journée de dimanche, la femme de Ducom et ses enfants étaient venus lui faire leurs adieux. Ils comptent aller le rejoindre bientôt, si le gouvernement les y autorise. »

 

« En même temps que Ducom sont partis Jean Durou, de Saint-Pierre-du-Mont ; Cazalet, d’Aire-sur-l’Adour, et Joseph Labeyrie, condamnés à une peine d’emprisonnement et à la relégation par la cour d’assises des Landes, à la session de janvier dernier ».

 

Pierre Cazalet (1863-1900), dit Pélane, né à Aire, âgé de 37 ans lors de sa condamnation.

Il était né vers 1863 à Aire. Journalier, il mesurait 169 cm.

Le 9/01/1900, il a été condamné, par la cour d’assises des Landes, à 5 ans de travaux forcés et à la relégation pour des vols qualifiés commis le 19 novembre 1899.

Il avait déjà eu de nombreux démêlés avec la justice.

26/06/1884 : vols à Saint-Sever. Il avait alors été acquitté et remis à son père.

23/10/1993 : vol qualifié, 2 ans de prison.

3/02/1999 : condamné à 3 mois de prison pour escroquerie à Mirande (Gers).

16/11/1899 : 6 mois de prison pour escroquerie.

 

Il a embarqué le 6 mai 1900 sur La Calédonie à destination de la Guyane.

Il est décédé à Kourou, le 2/08/1900, soit deux mois après son arrivée.

 

Joseph Labeyrie (1879-1902), dit Félicien, né de père inconnu à Taller le 13/06/1879. Domestique laboureur. Illettré, domestique laboureur. Taille 164 cm.

Il avait déjà eu de nombreux démêlés avec la justice.

19/03/1898 : 8 mois de prison pour vol.

13/09/1898 : 9 mois de prison pour vol.

9/01/1900 : 2 ans de prison pour vol qualifié.

 

Embarqué le 15/12/1902 sur La Calédonie pour la Guyane. Arrivé au Maroni le 11/02/1902.

30/12/1901 : évasion à Saint-Laurent, condamné à 3 mois (erreur de date sur le registre ?).

13/09/1902 : évasion à Saint-Laurent, condamné à 6 mois.

Décédé le 29 décembre 1902, donc vraisemblablement au cachot.

 

25 juin 1905
« Le sieur Tauzia, de Tartas, qui fut condamné il y a deux ans par la cour d’assises des Landes, à vingt ans de travaux forcés, pour meurtre de la garde-barrière de Rion, la dame Lagofun, vient de s’évader de la Guyane ».
 
Il s’agit de Jean Tauzia, né à Carcarès-Sainte-Croix, gendarme à la retraite et marchand de porcs, âgé de 45 ans lors de sa condamnation, le 4 juillet 1901 à vingt ans de travaux forcés, pour assassinat avec préméditation et guet-apens, commis du 26 au 27 mars 1901.
Taille : 166 cm, teint coloré.
Sa peine a commencé le 27 mars 1901. Il a embarqué le 19 décembre 1902 sur La Loire à destination de la Guyane. Il avait appris le métier de matelassier au bagne.
Sa fiche mentionne « Bonne conduite » au bagne et « Évadé le 7 juin 1904 ».
 
Pierre Dupouy, dit Perrine, né le 12/02/1821 à Lahosse. Marié à Jeanne Langoumiaud. Illettré.
Condamné par la cour d’assises des Landes, le 11/02/1860 pour plusieurs vols en 1857, 1858, 1859, et faux en écriture publique, à 16 ans de travaux forcés. Arrivé au bagne le 1/04/1860. Embarqué pour la Guyane à bord du transport mixte L’Amazonie.
« A tenté de s’évader en pratiquant un trou dans le mur du cachot ».
Occupation au bagne : fatiguant, c’est-à-dire : travail de galérien, forçat, travail de force au bagne.
Décédé aux îles du Salut, le 31/01/1861, soit moins d’un an après son arrivée.
 
Jean Dupouy, né à Bahus-Soubiran, colon cultivateur.
Antécédent de condamnation par le tribunal de Saint-Sever, en décembre 1855 à un mois de prison pour vol. Condamné à Mont-de-Marsan, le 29 octobre 1862, par la cour d’assises des Landes pour avoir, en 1862, commis un vol sur un chemin public, la nuit, avec violence et voies de fait, à la peine de 10 ans de travaux forcés.
 
Embarqué pour la Guyane sur le transport l’Amazone. Arrivée au bagne, le 12 février 1863.
Condamné le 27 février 1869, par le conseil de guerre de la Guyane, à deux ans de travaux forcés pour évasion.
Occupation au bagne : fatiguant.
27 mai 1863 : saisi avec un morceau de cuivre, 21 jours retranchés.
11 janvier 1864 : saisi ayant un couteau non réglementaire, huit jours de cachot.
Évadé des personnels flottants le 25 septembre 1868, réintégré le 26.
Passé le 4 novembre 1974 à la quatrième-première. C’est-à-dire : libéré du bagne, mais condamné à rester dans le territoire pour une période équivalente.

 

Quelques Landais condamnés au  bagne de Nouvelle-Calédonie

 

Paul Dupouy (1864-1889), né à Geloux, le 27 juillet 1864, âgé de 24 ans, profession cultivateur, soldat au 3ème Régiment de zouaves. Illettré.
Condamné le 3 octobre 1887 par le conseil de guerre de la division d’occupation du Tonkin et de l’Annam, séant à Hanoï, à la peine de cinq ans de travaux forcés avec dégradation militaire sans interdiction de séjour, pour coups et blessures volontaires ayant occasionné la mort sans intention de la donner. La conduite au régiment a été bonne et son attitude à l’audience a été correcte. Aucun antécédent judiciaire.
Dégradation militaire subie le 9 décembre 1887. Embarqué le 5 octobre 1888 sur le Calédonien, à destination de la Nouvelle-Calédonie.
Métier appris au bagne : effilocheur. Conduite : « Bonne ».
Décédé à Thio, le 11 septembre 1889, soit moins d’un an après son arrivée.
 
Lacaze Pierre (1829-1877), dit Laroze, né à Miramont-Sensacq (Saint-Sever), le 9 février 1829.
Cultivateur, célibataire, taille 168 cm.
Condamné le 14/01/1876, pour assassinat, à la peine de mort, commuée en travaux forcés à perpétuité.
Antécédent de condamnation pour vol qualifié le 30 octobre 1871.
A appris le métier d’effilocheur au bagne. Conduite : « Bavardage, réprimandé ».
Décédé en Nouvelle-Calédonie, à l’île Nou, le 13 janvier 1877, de fièvre typhoïde, d’après son registre matricule, soit moins d’un an après son arrivée au bagne.

Pierre Duluc (1838-1877), né à Miramont-Sensacq le 21 mai 1838,
Condamné le 14/01/1876, pour assassinat, aux travaux forcés à perpétuité, est décédé en Nouvelle-Calédonie, à l’île Nou, le 18 août 1877, soit un an après son arrivée au bagne.
 
Rappel de l’affaire qui a conduit à la condamnation de Duluc et Lacaze, d’après le Républicain landais.
 
23 janvier 1876
« Pierre Lacaze, dit Laroze, 46 ans, cultivateur ; Pierre Duluc, dit Barodé, 37 ans cultivateur ; Marie Despérés, épouse Duluc, tous trois demeurant à Miramont-Sensacq, étaient accusés d’assassinat et de vols sur la personne de M. Castay, propriétaire aisé.
Le lendemain soir du crime, Lacaze chargea sur sa charrette le corps de Castay et, accompagné de Duluc, alla le précipiter dans le puits de Guirauton.
Jamais crime plus horrible, plus longtemps prémédité, plus lâchement exécuté n’a été commis dans nos Landes ».
« En conséquence, Lacaze est condamné à la peine de mort, Duluc aux travaux forcés à perpétuité et la femme Duluc à dix ans de travaux forcés et dix ans de surveillance ».
 
" Laborde, dit Pille-Bourse (1828-1888), qui fut condamné aux assises de Mont-de-Marsan, en même temps que Pédro et les époux Diris, pour l’affaire du crime de Poyanne (1882), est mort à la Nouvelle-Calédonie ". 

 

Vincent Laborde, né le 16 juin 1828 à Nerbis et domicilié à Mugron.

Taille 158 cm, yeux bleus, « Tatoué de son nom sur le bras droit », illettré. Veuf de Louise Lalanne, sans enfant.

Il a été condamné le 19 février 1882 à 10 ans de travaux forcés pour complicité de vol qualifié et dix ans de surveillance.

Il avait déjà été condamné à deux reprises pour vol, à Saint-Sever, le 5 janvier 1867, à deux mois de prison ; et le 9 septembre 1872, également à deux mois de prison.

Il a embarqué le 7 septembre 1882 sur le Tage à destination de la Nouvelle-Calédonie. Matricule 13914.

Il avait appris le métier d’effilocheur au bagne où il a fait preuve d’une bonne conduite. Il est décédé, à Mù (?), le 30 septembre 1883, soit moins d’un an après son arrivée au bagne.

 

Joachim Durou (1844-1902), dit Léon, né à Mont-de-Marsan, vers 1844, de père et de mère inconnus. Condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à 4 mois de prison et à la relégation pour vagabondage.

Taille 174 cm.

Embarqué le 4/03/1891 sur La Calédonie, à destination de la Nouvelle-Calédonie. Arrivé à l’île des Pins, le 7 mai 1891.

Décédé le 12/09/1902, soit 16 mois après son arrivée.

 

François Durou est né le 17 mars 1863 à Saint-Sever. Tailleur d’habits, cheveux blonds, yeux bleus, front ordinaire, visage ovale, nez bien fait, menton rond, taille 1,63 m.

 

Première condamnation le 29 octobre 1895 pour attentats à la pudeur.

L'accusé qui comparaît est le nommé François Durou, âgé de 32 ans, tailleur d'habits à Saint-Sever, originaire de cette ville. Ce triste personnage est prévenu de nombreux attentats à la pudeur commis, de 1890 à 1895, avec ou sans violence, sur des enfants âgés de moins de treize ans. Le nombre de ses victimes connues atteint le chiffre de treize.

Durou est conséquemment condamné, le 29 octobre 1895 par la Cour d’assises des Landes, à la peine de 8 ans de travaux forcés et à 10 ans d’interdiction de séjour.

Embarqué le 7/02/1896 sur La Calédonie pour la Nouvelle-Calédonie. Sait lire et écrire. Au bagne, employé comme effilocheur, bonne conduite. Remise de peine de 2 ans le 24/01/1901. Quatrième-Première le 17/8/1901 ; remise de la résidence en novembre 1906 ; quatrième-deuxième le 30/01/1907.

 

Deuxième condamnation le 3 mars 1912 pour attentats à la pudeur.

Saint-Sever. Un tailleur d’habits de la rue Guillerie, le sieur François Durou, âgé de 49 ans, a été écroué jeudi soir, à la maison d’arrêt de Saint-Sever, sous l’inculpation d’attentats à la pudeur. Durou se serait, paraît-il, livré à des attouchements obscènes multiples sur la personne de petits garçonnets de 8 à 10 ans, qu’il aurait attirés chez lui et qui ont raconté à leurs parents les manœuvres dont ils prétendent être les victimes.

 

Durou était revenu cinq ans plus tôt à Saint-Sever, où il avait acheté une petite maison avec une partie de l’argent qu’il avait gagné et économisé en Nouvelle-Calédonie. Durou, qui est un ouvrier vaillant et sobre, nie énergiquement tous les chefs de la prévention et les met sur le compte de la calomnie ou de la jalousie.

 

 

Lexique

 

Vol qualifié (ou vol à main armée) est un vol perpétré avec violence, généralement commis lorsque l'accusé était muni d'une arme, mais pas nécessairement, car cela peut aussi se produire au moyen d'objets ou de menaces.

 

Effilocheur : Individu dont la fonction est de désassembler des résidus de laine ou des textiles usagés pour la production de papier.

 

Fatiguant : travail de galérien, forçat, travail de force au bagne ; ensemble des bagnards qui y sont soumis.

 

Quatrième-première : se dit des bagnards libérés effectuant leur doublage.

« Après trois ans à la 1re classe, il peut obtenir la libération avec astreinte à résidence (la « 4e 1re » dans le langage des condamnés). Sa survie dépend alors de sa capacité à trouver un travail rémunéré, dans une colonie où la main-d’œuvre pénale quasiment gratuite représente une concurrence insurmontable.

Enfin, quand il a atteint la 4e catégorie 2e section, c’est-à-dire qu’il est libéré de l’obligation de résidence, le condamné est libre de rentrer en France, mais il reste un dernier obstacle important : depuis 1868, le voyage de retour est à sa charge ; il doit donc posséder l’argent du passage dans son pécule ou le recevoir de sa famille. Nombreux sont ceux qui meurent en Guyane ou en Nouvelle-Calédonie, faute d’avoir trouvé la somme nécessaire ».

 

 

Un grand merci à Denis Fery qui a patiemment compilé tous les faits divers des journaux des Landes et me les a gracieusement communiqués.
 

 

Sources

 

AD40 – Le Républicain landais

 

https://www.aupresdenosracines.com/retrouver-ancetre-bagnard-archives-bagne/

 

Archives nationales d’outremer (base bagne)

https://archives-nationales-outre-mer.culture.gouv.fr/

 

Les évasions de relégués au bagne de Guyane (XIXe-XXe siècle)

Jean-Lucien Sanchez, 2014

https://doi.org/10.4000/criminocorpus.2837

 

La vie au bagne. Hélène Taillemite.

https://doi.org/10.4000/criminocorpus.183

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

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