Faits divers dans les Landes d’après Le Républicain landais. Quelques abandons de nouveau-nés et de jeunes enfants.

« De nombreuses études nous disent que l’abandon des enfants est un phénomène social, mais aussi une manifestation économique. Social lorsque l’enfant est dit « né du péché » – fille mère ou enfant illégitime – et économique lorsque le prix du blé oblige les familles à l’abandon, ou lorsque des mesures d’ordre matériel, telles en 1883, la baisse des allocations versées aux filles mères, contraignent aussi à l’abandon. Les causes sont les mêmes quelles que soient les époques ». 
 

L’abandon du nouveau-né (image générée par Chat GPT – B.-A. Gaüzère, 2026).

 

    

Les faits rapportés

 

17 septembre 1911 - Enfant abandonné.
Rion-des-Landes - Mercredi après-midi, une brave paysanne de Beylongue découvrait, avec la stupéfaction que l’on devine, un nouveau-né, abandonné le long d’une haie par une mère criminelle. M. le docteur Naureils, maire avisé, fit aussitôt prévenir la gendarmerie de Rion qui se rendit sans retard sur les lieux.
Bien que nul ne pût donner le moindre renseignement, notre brigadier, M. Castaing, ne fut pas long à découvrir la mère coupable, une jeune fille qui avait réussi à cacher son état à tous, même à ses parents. Adroitement pressée de questions par le brigadier Castaings, elle se décida à faire des aveux complets. L’enfant (venu avant terme) n’était point viable. La malheureuse mère sera incessamment appelée par le parquet de Saint-Sever, qui fut aussitôt prévenu.
Félicitations à notre bonne brigade pour la rapidité et l’heureux résultat de son enquête.
 
8 décembre 1901
Tartas – Fillette abandonnée.
Mercredi dernier, vers 7 heures du soir, les habitants du quartier de la Rivière entendirent des cris déchirants. La dame Duoin accourut aussitôt vers l’endroit d’où venaient ces cris et trouva une pauvre fillette âgée de 2 ans, qui venait d’être abandonnée devant une maison éloignée de la ville, appelée maison Durez.
On alla requérir M. le commissaire de police qui fit conduire le bébé à l’hospice. Une enquête, bien menée par ce magistrat, a permis de retrouver la mère, qui a déclaré être délaissée par son amant et ne pas pouvoir nourrir son enfant.
Après une admonestation de M. le commissaire, elle a promis qu’elle allait reprendre sa fille.
 
Avril 1893
Tartas - Abandon d'enfant.
Dans notre dernier numéro, nous avons annoncé qu'un enfant avait été abandonné sur les marches de l'hospice de Tartas. Les auteurs de cet abandon sont aujourd'hui connus. La mère se nomme Marie Bouneau, veuve Lagouillade, déjà mère de cinq enfants. Les auteurs de l'exposition sont la sœur de l'accouchée et son beau-frère, tous habitant la commune de Beylongue.
Interrogés, ils ont avoué avoir déposé l'enfant et ne s'être retirés qu'après avoir vu la sœur de l'hospice emporter le petit être à l'intérieur.
 
1er septembre 1889
Carcen-Ponson - Mère dénaturée.
Le 22 août dernier, la nommée Laurence Dufournet, originaire de Tartas, mendiante, a abandonné à Carcen-Ponson, maison dite « Menaout », où on l'avait recueillie par commisération, sa petite-fille, une enfant de cinq ans et six mois. Malgré d'actives recherches, cette mère dénaturée n'a pu, jusqu'à présent, être retrouvée. Le maire de Carcen-Ponson a dû prendre, dans l’intérêt de l'enfant, les mesures nécessaires pour la faire admettre à l'hospice de Tartas.
 
6 avril 1888
Tartas - Exposition d’enfant. Un enfant du sexe féminin et âgé d'environ deux mois, soigneusement emmailloté, a été abandonné, l'avant-dernière nuit, à minuit, sur le perron de l'hospice où il a été recueilli par les religieuses de cet établissement.
L'auteur de ce délit, encore inconnu, ne manquera pas d'être découvert à la suite de l'enquête que M. Monnet, commissaire de police, a ouverte immédiatement et qu'il mène avec activité.
Il est à souhaiter que le coupable puisse tomber entre les mains de la justice, cette sorte de délit se commettant malheureusement trop souvent dans notre ville.
 
13 avril 1888
Tartas - On nous écrit :
Vos lecteurs se souviennent qu'un enfant du sexe féminin avait été trouvé un matin devant l'hospice de Tartas. L'enquête, poursuivie avec la plus grande activité, a permis d'établir que cette pauvre créature avait été abandonnée par la nommée Jeanne Bernardet, journalière, demeurant à Rion-des-Landes.
Cette femme a déjà subi une condamnation pour le même motif, il y a une dizaine d'années.
 
19 avril 1872
Tartas - Lettre du 15 avril 1872, à la rédaction.
Le 11 courant, vers 11 heures du soir, plusieurs coups frappés à la porte extérieure de notre hospice attirèrent au-dehors la Sœur Antoinette. Aussitôt qu'elle eut ouvert la porte, elle trouva sur le seuil un enfant de sexe masculin, enveloppé dans un coussin, et, près de l'enfant, une chemise, un drapeau, un petit corset blanc et 2 bonnets ; elle aperçut également un billet attaché au coussin par une épingle et portant le nom de Jean-Baptiste.
Cette pauvre créature, ainsi exposée, semble avoir environ 8 jours. Recueilli avec soin par les sœurs de l'établissement, l'enfant a été enregistré à la mairie sous les noms de Jean-Baptiste Longin.
La justice informée, on espère arriver avant peu à la découverte de la mère dénaturée qui a eu le triste courage d'abandonner son enfant sans se préoccuper davantage de ce qu'il en adviendrait.
 
8 mai 1872 - On nous écrit de Tartas :
Dans la nuit du 28 au 29 avril dernier, la Sœur Antoinette a été attirée au-dehors par plusieurs coups frappés à la porte d'entrée de l'hospice.
Ayant ouvert cette porte, la sœur a trouvé déposé sur le seuil un enfant nouveau-né du sexe masculin. À côté de cette pauvre créature était un paquet contenant des bonnets, des drapeaux, des chemises et une robe. L'enfant abandonné a été recueilli par les bonnes sœurs de l'hospice et enregistré à la mairie sous le nom de Bernard Possin. La justice est informée.
C'est pour la seconde fois, dans l'espace de 15 jours, que l'abandon d'un nouveau-né se renouvelle dans notre ville. Ce fait répété nous navre. Comment y a-t-il des mères qui consentent à se séparer de leur enfant ? Ah ! nous sommes tombés bien bas !
 
24 mai 1872
Tartas - Dans la nuit du 16, on a de nouveau exposé devant l'hospice de notre ville un enfant du sexe masculin âgé de 4 jours seulement. Aussitôt recueilli par les soins de nos bonnes sœurs, l'enfant a été enregistré à la mairie sous le nom de Léon.
Cette fois-ci, la mère coupable a pu être retrouvée. On savait qu'une jeune fille de 27 ans avait accouché il n'y avait pas longtemps. Les autorités se sont rendues au domicile de cette fille et l'ont sommée de produire l'enfant qu’elle avait mis au monde. Elle a avoué alors que n'ayant pas de lait pour allaiter l'enfant, elle l'avait exposé devant l'hospice de la ville ; elle a ajouté que c'était le 3ème enfant qu'elle avait ainsi abandonné.

 

 

Un peu d’histoire

 

« Il faut distinguer trois types d’abandons :
- anonyme c’est-à-dire sans aucune marque de reconnaissance est un abandon qui laisse deux possibilités, la destruction ou la préservation de l’enfant, c’est ainsi que le lieu du dépôt est important,
- semi-anonyme c’est-à-dire avec une marque, une note ou un signe de reconnaissance est un abandon qui permettra à l’enfant d’être récupéré,
- soit non anonyme, il s’agit alors : d’enfants légitimes, mais les parents miséreux et incapables d’assurer une bouche à nourrir ou bien la mère est veuve ou pauvre ou bien encore délaissée par son mari ; d’enfants naturels ; d’enfants illégitimes, car la mère est mariée ; d’enfants dont les parents sont emprisonnés ; d’orphelins ; d’infirmes ».
 
« C’est ainsi que la loi du 28 juin 1793 fait obligation pour la Nation de se charger des enfants abandonnés qui seront appelés « orphelins », supprimant ainsi la discrimination qui existait entre les orphelins et les « sans nom ». Dès le mois de janvier 1793, les juges de paix eurent pour tâche de dresser des procès-verbaux d’abandon qui devaient être transcrits sur le registre des actes de naissances. Précédemment à cette mesure aucun acte n’était dressé. Dans ces transcriptions, sont mentionnés l’âge apparent de l’enfant, les marques extérieures, les vêtements et tout autre indice.
Les pionniers de l’Assistance aux enfants ne songeaient, semble-t-il, qu’à sauver véritablement des bébés en péril, passé 1750, et encore plus après 1811, il y a eu une sorte d’encouragement au rejet des enfants. La suppression des tours en 1863 et le paiement d’aides aux filles mères amorça une baisse des abandons ».
  
Un grand merci à Denis Fery qui a patiemment compilé tous les faits divers des journaux des Landes et me les a gracieusement communiqués.
 


Sources


  • AD40 – Le Républicain Landais
  • Guide des recherches sur les enfants naturels et abandonnés, Myriam Provence (Brocéliande 7 bis rue César Franck, 75015 Paris).
 

 
 
 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Article épinglé

En 1898, les fêtes patronales de Campagne-de-Marsan (Landes) : demandez le programme.

Cette locution nominale désignait la fête religieuse d’une paroisse, en l’honneur du saint protecteur de celle-ci, soit Saint-Pantaléon  pou...

Articles les plus consultés