|
AD40 – Le Républicain landais-20 et 22
juillet 1898-83-Per Pl° 75/20
|
Campagne – Grave rixe.
Les familles Vives et Sous, de Campagne, vivent depuis longtemps en mauvaise intelligence. Mercredi soir, vers huit heures et demie, le sieur Vives, métayer, rencontra la veuve Sous et l'interpelle en termes peu convenables. Elle ne répondit pas et continua son chemin. Au moment où elle ouvrait une porte pour entrer dans un champ, Vives, qui tenait un bâton à la main, lui dit comme le petit caporal : « Halte-là, vous ne passerez pas ». La femme Sous, ne tenant pas compte de cette défense, continuait de marcher. Vives lui porta un coup de bâton sur la poitrine ; elle tomba, mais se releva aussitôt. Alors intervint la belle-fille de Vives, qui asséna un coup de bâton en pointe dans l'œil droit de la femme Sous.
Sur ce coup, la veuve Sous tomba à terre en criant à l'assassin !
Elle s'alitait, et M. le Dr Dupoy, de Tartas, qui fut appelé auprès de la blessée, déclara, après avoir examiné son état, que l'œil était perdu.
Une première enquête a été faite par les soins de la gendarmerie. Le sieur Vives a nié avoir frappé la femme Sous. Quant à la belle-fille de Vives, la nommée Lafargue, elle a déclaré que si elle a frappé, c'est parce que la veuve Sous l'avait menacée avec un sarcloir.
Les sieurs Jean Lataste, Pierre Carrère et Cazenave arrivèrent sur les lieux de la scène aux cris : « À l'assassin », mais ils n'ont pas vu frapper. L'enquête continue.
24 juillet 1898
Campagne – Rixe grave (suite).
Sous ce titre, nous avons, dans notre numéro de jeudi dernier, parlé d'une rixe grave qui avait eu lieu à Campagne, un jour précédent, entre le sieur Vives, métayer, et sa belle-fille, la nommée Maria Lafargue, d'un côté, et la veuve Sous de l'autre. On sait que cette dernière a perdu l'œil droit dans la rixe.
M. Loustaunau, juge d'instruction, et M. Cambon, suppléant M. le Procureur de la République, accompagnés de M. Dugachard, commis-greffier, se sont rendus à Campagne pour procéder à une enquête sur cette affaire.
La femme Lafargue, qui est âgée de 22 ans, accusée par la femme Sous de lui avoir porté un coup de bâton sur l'œil, a nié très énergiquement. De son côté, le sieur Vives a nié également avoir frappé la femme Sous.
Les magistrats instructeurs n'ont pas tenu compte des dénégations de la femme Lafargue et ils ont ordonné son arrestation. Elle a été écrouée à la maison d'arrêt de notre ville*.
Quant à la veuve Sous, elle ne peut quitter la chambre et est en proie à de cruelles souffrances.
Dernier épisode : acquittement de l’agresseur, par manque de témoin oculaire de la scène.
28 octobre 1898
Cour d'Assises – Quatrième affaire – Coups et blessures.
L'audience est ouverte à onze heures.
M. Ducasse, substitut, occupe le siège du ministère public, Me Destieux est assis au banc de la défense.
M. Sauvage, commis-greffier, lit l'acte d'accusation, qui peut se résumer ainsi :
Les familles Sous et Vives sont voisines, mais elles vivent depuis longtemps en mauvaise intelligence.
Le 13 juillet dernier, une dispute s'étant élevée entre le sieur Vives, mari de l'accusée, et la veuve Soux, Vives donna à celle-ci un coup de râteau qui la renversa. Elle se releva et rencontra sur son chemin Marie Lafargue, qui lui porta un coup de bâton à l'œil droit qui fut crevé.
L'inculpée a toujours nié le fait qui lui est reproché. Elle en donne une explication qui est en désaccord complet avec celle qui résulte de l'instruction de cette affaire.
Interrogée par M. le Président, la femme Marie Lafargue nie avoir donné un coup de bâton à la veuve Soux. Elle prétend qu'après la scène de cette dernière avec son mari, la veuve Soux l'a poursuivie et qu'elle a, alors, pour lui échapper, violemment repoussé une barrière sur la veuve Soux, barrière qui a pu blesser la veuve Soux.
Le premier témoin appelé, M. le Dr Despaignet, dit qu'il constata, le 21 juillet dernier, deux plaies confuses à l'œil droit de la veuve Soux, dont l'état, à ce moment, était très précaire. Il croit que la perte de l'œil a été causée par un coup violent porté de droite à gauche. La pointe d'un bâton a pu produire cette blessure.
La veuve Soux, la victime, déclare avoir reçu d'abord un coup de râteau de la part du sieur Vives, mari de l'accusée, et un coup de bâton de la part de la femme Lafargue qui, sur le conseil de son beau-frère, rentra dans la maison. Mais elle en ressortit aussitôt, tenant son enfant dans les bras, afin de montrer qu'elle ne l'avait pas frappée.
Aucun des témoins n'a pu affirmer que la femme Lafargue avait frappé la veuve Soux, car ils sont tous arrivés sur le lieu de la scène alors que celle-ci était blessée.
M. Ducasse, substitut du procureur de la République, dans son réquisitoire, fait l'historique de cette malheureuse affaire, qu'il montre comme la conséquence d'une haine existant depuis longtemps entre les fermiers du Grand Caloy et ceux du Petit Caloy, haine indépendante des personnes, mais existant à l'état permanent.
Le ministère public s'efforce de démontrer l'impossibilité de crever l'œil d'une personne avec la barrière dont la femme Lafargue a parlé. Il croit donc à la culpabilité de l'accusée. Mais il pense que pour lui éviter une peine trop forte, étant donnés ses excellents antécédents, le jury pourrait, par ses réponses aux questions qui vont lui être posées, transformer la question criminelle en question correctionnelle et accorder, de plus, les circonstances atténuantes.
Le défenseur, Me Destieux, fait remarquer que le ministère public a abandonné la prévention de crime et qu'ainsi l'affaire se réduirait à peu de chose si l'accusée était coupable. Or l'accusée ne l'est pas. Personne n'a vu la scène qui a pu parfaitement se passer de la façon indiquée par l'accusée. Dans ces conditions, il ne reste rien de l'accusation, et le défenseur, en terminant son éloge plaidoirie, réclame du jury un acquittement.
Deux questions sont soumises au jury qui répond négativement à ces deux questions.
En conséquence, la Cour prononce l'acquittement de la femme Marie Lafargue, épouse Vives, qui est aussitôt remise en liberté.
*Registre d’écrou : Lafargue Maria, née à Saint-Perdon en 1875, fille de Guillaume Laffargue et de Jeanne Sady. Ménagère, domiciliée à Campagne. Taille : 148 cm. Sait lire et écrire. Catholique. Incarcérée du 18/07/1898 au 19/08/1898 pour « Coups et blessures ayant entraîné la perte d’un œil ».
- AD40 - 2 Y 38-16 mai 1887 - 21 septembre 1898. Registre d’écrou.
- AD40 – Le Républicain landais-20 et 22 juillet 1898-83-Per Pl° 75/20
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire